Passé Luminara est le fruit de l’union d’Ebanelle Hirune avec son mari, Tarak Hirune. À l’époque, Ebanelle n’était pas encore celle qu’à présent tous connaissaient : la sorcière, la rejetée, l’isolée, la folle. Elle était encore la plus grande Chasseresse de son temps. Puissante, sensuelle et attirante, elle était l’objet de convoitises. L’homme que lui avaient imposé ses parents était son amant favori, et leur vie commune se déroulait sans heurts. Seulement, malgré ses formidables capacités en chasse, Ebanelle avait un problème, et pas des moindres : un manque de fertilité. Dans une société où les enfants étaient bénis des dieux et considérés comme l’espoir des Olarils, c’était un drame. Ebanelle jouait les fortes, faisant comme si elle n’était pas affectée, mais ce manque d’enfant l’oppressait, l’entraînant dans de sombres méandres, dans des cauchemars sans fin, dans un désespoir caché mais presque tangible. Tarak la soutenait de son mieux, disant que cela lui était égal, mais Ebanelle connaissait trop bien les rouages de sa société et l’éducation qu’il avait reçue pour deviner qu’il n’en était rien. Quelle ironie ! Un couple Olaril heureux, sans enfants ! Elle avait beau prier Hegoa, pas de résultats. Ce fut un Érudit qui lui souffla la solution. C’est ainsi que, le cœur battant, Ebanelle passa une nuit sur l’Autel de la déesse mère. Et quelques lunes plus tard, elle mit au monde une petite fille, selon ses désirs. Une Chasseresse, cela ne faisait aucun doute. L’enfant gigotait avec grâce, et son sourire plein de lumière inspira le prénom à l’Érudit qui avait aidé Ebanelle à accoucher.
Luminara… Un si joli prénom, pour un si joli bébé.
Les premières années de Luminara se passèrent sans encombres. Ebanelle et Tarak étaient des parents attentifs. Fiers de leur unique enfant. Ils ne savaient pas s’il leur en viendrait d’autres, et profiter de cette petite vie fermement accrochée au sein d’Ebanelle leur semblait primordial. Ebanelle initia naturellement sa fille à la chasse. Elle fut dure avec elle. S’il fallut travailler la force physique de l’enfant, une sorte de don inné permettait à Luminara de toujours approcher sa proie dans le plus grand des silences, avec le doigté voulu. La démarche de la Chasseresse. Dieu qu’Ebanelle était fière ! Sa fille avait des talents inouïs. C’était simple. De toutes les Hirunes de son âge, elle était la plus prometteuse. Son avenir semblait tout tracé. Une seule chose intriguait Ebanelle. Sa fille n’apprenait pas à travers ce qu’elle lui disait ou montrait. Non, l’enfant découvrait seule. Par un procédé inconnu des Chasseresses, Luminara apprenait. Comme d’instinct, elle écoutait le souffle du vent, le doux bruissement des feuilles, l’oiseau confiant qui chante sa mélopée, le fourmillement des plus petits êtres, le lointain galop des Cerfs. Sans qu’on le lui dise, elle pressentait l’endroit où regarder pour repérer des traces fraîches, le lieu où se dissimuler pour attendre une proie,… Qui aurait deviné qu’elle était autodidacte ? Malgré tout, cette manie de se développer seule confirma les pensées orgeuilleuses d’Ebanelle : sa fille serait la meilleure.
Bien sûr, quelque chose devait remettre en question cet équilibre précaire car précoce. Le jour de ses dix ans, la petite fille apprit la mort de son père, mis en pièces par un ours qu’il n’avait pu maîtriser. Ce fut l’événement qui transforma sa mère. À dater de ce jour, Ebanelle se désintéressa de tout. Pour commencer, elle cessa d’honorer Hésione, pour se tourner vers Panpale. Ensuite, elle s’occupa de moins en moins de sa fille. C’était une autodidacte ? Grand bien lui fasse. Qu’elle apprenne seule. Ebanelle s’isola, pour aller vivre en dehors du village. Ce rejet traumatisa Luminara et fit mourir l’enfant en elle. Au début, elle avait été contente de la liberté que lui laissait sa mère, mais très vite, elle avait compris qu’il s’agissait d’un abandon. Luminara savait qu’elle pourrait continuer à progresser même sans l’aide de sa mère, mais sur le plan affectif, c’était impossible à surmonter. Quand, alors qu’elle était âgée de douze ans, Ebanelle décida de former Jezabel, Luminara passa plusieurs jours dans un état complètement désemparé. Il fallait reconnaître que sa cousine promettait beaucoup, peut-être plus qu’elle. Plus qu’elle ? Luminara allait prouver le contraire. Du haut de ses douze ans, prête à conquérir le monde pour démontrer à sa mère qu’elle était une Chasseresse comme elle, Luminara s’arma de son arc, de son carquois, et s’aventura dans la forêt d’Umber. À trop jouer avec le feu, on se brûle, et Luminara perdit ce jour-là un élément clef pour la chasseresse : sa confiance en elle. Terrorisée par les bêtes sauvages qu’elle ne manqua pas de croiser, elle ne dut sa survie qu’à son incroyable agilité. À son retour, tout était consommé. On se rendit très vite compte de cette perte. On ne parla plus d’elle comme celle qui allait remporter haut la main les annuelles épreuves sportives en l’honneur d’Hésione. On cessa de spéculer sur son avenir. Le beau futur de Luminara était mort, et toutes ses illusions avec. Quelles larmes de rage coulèrent sur ses joues ! Elle qui avait tant admiré les splendides Chasseresses d’Hésione, ces femmes fortes et indépendantes, maîtresses de leur destin, de leur art, de la nature, elle qui aurait dû être la première d’entre elles, voilà qu’elle rentrait dans le rang. Unique et maigre consolation : son surnom. Luminara était la seule à pouvoir approcher une bête sans qu’elle se doute de sa présence. Sa démarche faisait tout. Mais au final, l’animal ressentait sa peur de rater son coup, et s’enfuyait d’instinct.
Luminara devait retrouver sa confiance en elle avec un tout autre art : la danse. Héritant sans le savoir du goût de sa mère pour l’étrangeté, elle eut une véritable révélation en allant voir les artistes ambulants qui passaient au village, alors qu’elle était âgée de 19 ans. Une danseuse… tournoyait. Une femme était là, au milieu de la place, plus légère que l’air, plus souple que le roseau, plus aérienne que l’éther. Prête à s’envoler dans les cieux, la femme ouvrit un nouvel univers à Luminara. Un monde chatoyant, fait de couleurs chamarrées, éclatantes et joyeuses. Filhakan lui-même semblait l’entraîner dans l’ivresse du geste parfait, l’union impeccable avec la musique, le délicieux délire du vol entre ciel et terre, retenu par les seules limites corporelles de la danseuse. Luminara eut l’impression que sa vie n’était pas perdue, qu’elle pouvait encore faire quelque chose. Sans se rendre vraiment compte de ce qu’elle faisait, elle revint le lendemain assister à l’échauffement de la danseuse et imita scrupuleusement tous ses gestes. La femme ne dit mot et la laissa faire. Elle lui inculqua les bases et ne tenta rien. Tous savaient que Luminara était une autodidacte… Très vite, Luminara dansa à haut niveau. Il ne lui fallut qu’une année d’entraînement intensif. Et elle savait le choix qu’elle poserait. Elle deviendrait Adulte en tant que Danseuse, non pas en tant que Chasseresse, même si elle méritait à présent pleinement l’éloge qu’on faisait d’elle quand elle approchait silencieusement un animal. Elle n’avait plus peur. La danse lui avait rendu ses ailes.
Restait à Luminara à faire part à sa mère de sa vocation de Danseuse. Elle avait beau ne plus lui parler et suivre de loin ses délires avec Jezabel, Luminara ne pouvait se soustraire à son autorité. Elle lui fit part du fruit de sa longue réflexion et de la décision qu'elle voulait prendre. Ebanelle refusa tout de suite, nettement. C’était ridicule. Luminara était une Hirune. Une Chasseresse. Une bonne chasseresse, de plus. Même si le titre de meilleure n’était plus à sa portée, elle demeurait parmi les éléments émérites des filles d’Hésione. Luminara ne comprit pas le refus d’Ebanelle. Elle qui l’avait pour ainsi dire abandonnée au profit de sa cousine – à laquelle Luminara n’en voulait plus, ayant réussi à se détacher de sa jalousie – voulait maintenant la faire obéir ! Luminara remua ciel et terre et finit par convaincre sa famille de venir la voir danser.
Le matin du jour qui devait décider de son orientation, Luminara remarqua que Panpale avait prit l’offrande qui lui était destinée et qui ornait la cheminée de la chambre de la jeune femme. Craignant vaguement une difficulté, Luminara se présenta confiante à sa démonstration. Quelle erreur ! Panpale n’était pas satisfait. Et il lui joua un tour à sa façon… Au beau milieu de la magnifique chorégraphie qu’elle offrait à l’ensemble de sa famille, Luminara glissa sur un petit bout de métal qui gisait là, oublié de tous. Sa chute fut lourde, très lourde. Presque sans fin. Et une fois à terre, Luminara n’eut pas la force psychologique de se relever et de faire face. Rouge de honte, elle quitta la salle en courant. Cet instant compte parmi les pires souvenirs de Luminara. Peut-être était-elle trop sûre d'elle ? Elle ne comprendra jamais ce qui l'a poussée à s'enfuir. Ce n'était absolument pas dans sa nature, et ce besoin impérieux de partir n'était pas naturel. Panpale ? Elle n'osait le croire. Qu'avait-elle fait au dieu pour mériter une telle disgrâce ? Toutefois, à partir de ce jour, elle en voulut à sa mère de tant louer Panpale, qui l’avait fait échouer. Luminara ne fit jamais le lien entre les louanges d'Ebanelle à Panpale et son échec. Dans un sens, tant mieux pour elle, parce que les conséquences de sa danse avortée furent dramatiques. Contrainte et forcée, elle passa avec succès l’épreuve imposée par les Chasseresses et devint Adulte sous leur tutelle.
Une fois Adulte, elle refusa au début de se marier, puis céda aux insistances de sa tante plusieurs fois mère et épousa un Astar peu avant ses 22 ans. Elle l’aima sincèrement. Il était remarquablement intelligent, et pourtant d’une simplicité à toute épreuve. Il était ouvert, sociable et délicat. Luminara n’arriva pas vierge entre ses bras, sa dévotion pour Filhakan l’ayant fait découvrir assez tôt les plaisirs du lit, mais elle put partager beaucoup de choses avec lui : son goût pour la fantaisie, sa recherche d’une esthétique,… Et elle aimait l’écouter parler des signes annonciateurs qu’il percevait à merveille. Ce fut lui qui la poussa à continuer la danse, à s’améliorer, à perfectionner sa technique. Autodidacte presque complète, Luminara retrouvait seule les gestes immémoriaux posés depuis des millénaires par des générations entières de danseurs. Ce fut lui encore qui la poussa à aller voir un Érudit, pour demander une exception. Si elle ne pouvait pas réfuter son serment de Chasseresse – qui l’avait quand même fait passer au stade d’Adulte – peut-être pouvait-elle en ajouter un ? Luminara dut à nouveau passer une sorte d’épreuve devant les Érudits. C’était du jamais vu ! Une personne cumulant deux métiers ? Personne ne comprenait la démarche. Le sens ? Encore moins. On ne la laisserait pas faire. Mais c’était sans compter les capacités de Luminara. Nul ne sait ce qu’il se passa exactement dans cette salle, avec les Érudits. Luminara elle-même ne s’en souvient pas. Oh, bien entendu, elle se souvient avoir dansé, mais c’est tout. Ce jour-là, son corps exprima tout ce qu’elle gardait précieusement enfoui dans son intimité. Elle atteignit un degré nouveau pour elle, et visiblement nouveau aussi pour les Érudits. Elle était véritablement transcendée par sa danse. Elle n’était plus Luminara, mais des concepts prenant corps et chair devant les spectateurs émerveillés. Harmonie, Liberté, Mouvement. Concordance, Air, Synchronisation. Vérité, Chasse, Amour.
Danse… danse encore…Quand Luminara avait repris ses esprit, agenouillée dans une pose finale exigeant un équilibre et une fermeté précis, elle avait vu les regards passionnés des Érudits. Et même de l’eau sur le visage de certains. Ils l’avaient comprise. Et leur verdict tomba en sa faveur. Luminara était Danseuse et Chasseresse. Chasseresse et Danseuse. Indubitablement fille d’Hésione. Et irrévocablement fille de Filhakan.
Luminara ne fut pas touchée par le manque de fertilité de sa mère. Elle la revit, d’ailleurs. Une folle. Ou du moins, une femme qui faisait semblant de l’être. Elle ne la reconnut pas. Pour elle, sa mère était morte. Ebanelle n’était plus que le pâle reflet de sa splendeur passée. Luminara tomba enceinte une première fois à 24 ans, mais perdit l’enfant dans une chute alors qu’elle expérimentait une nouvelle figure. Elle perdit son second en couches, à 26 ans. Et à ses 28 ans, une épidémie emporta son mari. Luminara le pleura loin de tous. Sous prétexte de se consacrer à sa danse, elle s’isola aussi, reproduisant sans le savoir les gestes de sa mère. Mais elle sut résister aux affres de la folie, et continua à apporter sa contribution à la communauté, chassant et dansant à égalité – condition sine qua non pour la remise de ce double statut – trouvant une forme de bonheur.
Petit à petit, elle recommença à vivre de manière sociable. Elle était appréciée pour son originalité, sa fantaisie et sa clairvoyance. Luminara saisissait les situations avec clarté, et pouvait résumer ou démêler les problèmes les plus épineux en les expliquant et en montrant les choix qui pouvaient être faits. Incapable de conseiller, elle se contentait de brosser un portrait de la situation… Elle entrait dans la force de l’âge, et finit par intégrer le cercle des tantes, oncles, cousins et cousines appartenant au début de la génération. Son avis était pris en compte, sa voix était écoutée. Les Hirune avaient fini par adopter son choix de vie. Peu leur importait qu’elle soit Chasseresse ou Danseuse, avec le temps, cette double fonction était même considérée comme la preuve du savoir-faire de la famille. Elle était des leurs, un point c’est tout. Une Hirune, depuis sa naissance… et jusqu’à sa mort.
Equipement et possessions Luminara est très attachée à son arc en if, fidèle compagnon de toutes ses chasses. Elle possède également un jeu de dagues de tailles différentes, qu’elle utilise en fonction des besoins. Mais ce dont elle est le plus fière, c’est sa tenue de danse. Il s’agit d’étoffes qu’elle a choisies avec soin, qu’elle a cousues entre elles toute seule.
Connaissances, Savoirs, Capacités Luminara a accès à la Connaissance de la Chasse et de la Danse. Elle aime également retenir les vieilles légendes racontées par les prêtres d’Aimar et pourrait les raconter.
Animal de Compagnie Elle n’en possède pas.
Position face aux derniers évènementsJustement, la nomination de Lysandre a fait comprendre à Luminara qu’elle a un rôle à jouer dans sa famille. Voir les engrenages du pouvoir atteindre sa famille de plein fouet la blesse. Le changement d’attitude de certains Hirune la laisse pantoise. Elle luttera pour la survie de Lysandre, en laquelle elle croit, pour la paix dans le village et surtout, au sein des Hirune. Et cela passe par des moments de détente où tous peuvent se réunir devant une prestation de danse réussie, elle est prête à donner de sa personne. En fait, le but de Luminara est de pouvoir offrir le choix de carrière à chaque enfant de la famille Hirune, dont le destin semble toujours tout tracé. Mais elle sait que ce type de décision ne peut être pris qu’en temps de paix. Et qu’avant de pouvoir ne serait-ce que tenter de faire passer l’idée, il faut stabiliser le pouvoir dans les mains des Hirune...