
Azrielle avait pratiquement terminé une masure à la sortie du village. La bicoque, délabrée, avait été abandonnée suite à une invasion de termites qui avait fragilisé toute l'armature en bois des fondations, et qui représentait un danger potentiel pour les locataires. Einrhi Thélahran l'habitait, avec sa femme, Anène Pélégon. Tout deux avait du s'installer cher la soeur de ce dernier me temps des réparations, qui allaient durer un nombre conséquent de mois par ailleurs. Chaque jours, il venaient, pour assister à l'avancée de travail. Ils étaient fort sympathiques, et ils préparaient pour Azrielle une collation pour le déjeuner, qu'ils partageaient le plus souvent tous les trois ensemble. De temps à autres, certains Olarils se joignaient à eux, et ils conversaient joyeusement autour de ces petit repas. On ne parlait pas du conflit entre Lysandre et les opposants. On décidait de laisser les sujets sensibles au placard, et de parler du temps, du travail, de la famille, des voisins, des fêtes prochaines... Ce climat de bonne humeur allégeait l'ambiance générale d'Arestim, et pour une fois, Azrielle était bien contente de pouvoir échanger des banalités avec d'autres personnes.
Ce jour là, Einrhi et Anène s'étaient pointés peu avant midi, comme à leur habitude. Ils avaient préparé une petite planche sur traiteaux sur laquelle ils avaient posé les mets, encore chauds.
La rouquine avait laissé ses outils pour les saluer, puis ils s'étaient mis à table.
Puis, le ciel sembla s'obscurcir tout à coup. Tous levèrent les yeux au ciel et virent une fumée noire fondre sur le village. D'autres Olarils se mirent à crier. Bientôt, des projectiles fusèrent du ciel. Des pierres ardentes, des rondins de bois, et des cendres rougeoyantes tombèrent du ciel. Le premier réflexe d'Azrielle fut de protéger son visage avec son bras. Einrhi et Anène se glissèrent sous la table en se tenant l'un l'autre et en demandant ce qu'il se passait. Incapable de répondre, la jeune Pélégon alla se réfugier dans la maison qu'elle était en train de reconstruire. Comme si, par un quelconque miracle, les murs déjà branlants pourraient la sauver du malheur. C'était une mauvaise idée, mais comment l'aurait-elle su ? Comment aurait-elle pu prévoir que le toit s'écroulerait à peine entrés ?
Azrielle disparu sous les décombres sans même avoir eu le temps de pousser un cri.
Einrhi et Anène, quant à eux, se tinrent fermement serrés, les yeux fermés en espérant que le calme viendrait aussitôt. La jeune femme pleurait et criait, tandis que lui retenait ses sanglots. Le coeurs étaient serrés...broyé par la terreur. Partout, ils entendaient des bruits de fracas, des gens qui criaient, qui agonisaient. On appela les Dieux, on implora leur pitié, mais, sourds aux prières des Olarils, ni Bakarne, ni Hégoa, ni Aimar, ni Hesione, ni Filhakan, ni même Panpale ne répondirent. Ils étaient désormais seuls face à leur destin.
Le couple mourut écrasé sous un rocher qui tomba du ciel à l'endroit même ou ils s'étaient réfugiés. Plus tard, on retrouverait leur cadavre enlacés et leur yeux ouverts à la plus grande des peurs jamais connues.