Ce n'était pas sans idées derrière la tête qu'elle s'était levée ce matin là. La discussion de la veille avec Hemric et Lis l'avait confortée dans son action, et redonné de la force. Depuis un certain temps, elle zigzaguait entre deux volontés distinctes, elle valsait entre remords et désir, ballottée à travers tous les regains de volontés qui fourmillaient en elle. Il était clair que l'épisode de Sorastrata aurait pu la faire abandonner ses plans, mais d'un autre côté, elle s'était engagée auprès de trop de monde, elle avait réussit par être persuadée du bien fondé de son entreprise. Elle y prenait presque plaisir, à agir ainsi contre la volonté de beaucoup.
Elle avait décidé d'aller rendre visite à Amiguel Garthésia, pour galvauder quelques informations. A vrai dire, elle n'était guère certaine de la réussite de cet entretien. Pour ne l'avoir rencontré qu'un seule fois, il n'était pas homme à délivrer quoique ce soit à l'ennemi. Mais le fait était que Jezabel avait pour elle l'avantage qu'il ne savait pas de quel côté elle se trouvait. Et elle comptait bien sur cet atout pour réussir.
Quand elle s'était regardée dans le miroir, elle avait réalisé quelque chose. Elle n'était pas aussi sensuelle que Lis, ni aussi voluptueuse que Lysandre, et encore moins aussi pétillante que Luminara...mais elle restait une femme, non ? Pourrait-elle être capable d'user du peu de ses charmes pour faire orienter la balance en sa faveur ? Après tout...un homme avait bien voulu d'elle un jour...pourquoi cela ne pourrait-il pas se reproduire ? Même si Jezabel éprouvait de la répulsion à être touchée par quelqu'un, même si elle avait détesté ce rapport intime, même si elle s'était jurée que jamais plus un homme ne viendrait la souiller...c'était un sacrifice qu'elle se sentait désormais prêt à faire.
Mais elle s'emballait. Rien ne disait que Amiguel pourrait éventuellement se laisser aller. Elle songea un instant à l'enivrer, pour qu'il soit plus accessible...mais l'idée lui paraissait trop grosse...il se douterait de quelque chose. Déjà, la simple venue de Jezabel devrait suffire à éveiller des soupçons.
Pour l'occasion, elle s'était vêtue de façon agréable, un tantinet aguicheur. Le décolleté qu'elle trouvait indécent ne révélait pas grand chose (car il n'y avait pas grand chose à voir non plus à vrai dire) mais il était assez inhabituel pour elle. En outre, la couleur, d'un jaune pâle, seyait à la couleur de sa peau. D'après ce que les chasseresses du foyer lui dirent. Elle avait également coiffé ses cheveux un peu comme Lis, c'est à dire avec un légère ondulation calculée, mais dégageant son visage. Fort heureusement, les coup de Sorastrata ne se voyaient presque plus, grâce à un fard appliqué par l'une des femmes du village auprès de qui elle avait demandé de l'aide. Elle avait prétexté une mauvaise chute. Et la femme, trop ravie de voir que Jezabel devenait coquette n'avait pas posé de question. En définitive, elle était à son avantage, et le résultat n'était pas aussi mauvais que ce à quoi elle s'était attendue.
Forte de cette petite transformation, elle avait pris quelques gemmes de valeurs [ndlr : 1 rubis, 2 opales et 1 topaze, tu peux aller vérifier] dans l'éventualité ou elle devrait prétexter l'achat d'un quelconque produit dans l'échoppe d'Amiguel.
Elle était sortit du foyer des chasseresses un peu avant l'heure ou les Olarils déjeunaient en général, et s'était tranquillement dirigée vers la place des Irès, dans laquelle elle était certaine de trouver le commerçant. Sur sa route, elle croisa quelques connaissances qui la félicitaient de sa tenue. Malgré elle, elle avait rougie. Elle se demanda comment elle, si pudibonde, pourrait-elle ne serait-ce qu'espérer avoir les mêmes techniques que Lis ? Elle avait hésité à faire demi-tour et se changer. Mais elle se retint. Qu'avait-elle à perdre de toute façon ?
La jeune femme arriva en vue des échoppes. Elle repéra la forge de Kiriel, passant son chemin sans le saluer, et chercha celle d'Amiguel. Sa tête blonde ne fut pas difficile à repérer, elle dépassait celle des autres Olarils. Il n'y avait pas grand monde dans la rue, tout le monde rentrait pour manger. Et tant mieux, ainsi, ils avaient moins de risque d'être dérangés.
Le marchand n'avait pas changé d'un poil. Il était aussi grand que dans son souvenir, et tout aussi imposant. Là encore, elle émit ses dernières hésitations, se disant que tout cela ne servirait à rien, qu'elle ne ferait que se ridiculiser, et pire encore, se trahir...Car si Sorastrata n'avait encore rien dit, il n'en irait pas de même pour le Garthésia s'il venait à découvrir les motivations de Jezabel.
Elle l'observa, dissimulée derrière une poterie immense qui la dépassait. Il était occupé à parler avec un homme qui voulait, semble t-il acheter un des articles proposés sur l'étale. Fébrile, elle attendit que la vente se termine. Une fois le client parti, elle s'avança, dans une démarcha féminine qu'elle espérait naturelle.
Arrivant devant lui, et croisant son regard, elle un un frisson, mais se força à sourire de manière décontractée.
« Bonjour Amiguel...auriez-vous du temps à me consacrer ? » demanda t-elle d'une voix assurée, sans trembler une seconde.
« Je cherche un cadeau pour Lysandre, et vous avez, semble t-il, quelque chose qui m'intéresse »