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 Dans l'atelier Télaran

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Mithra Edorta
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MessageSujet: Dans l'atelier Télaran   Dim 5 Juil - 10:43

    ***


    Dans le silence d’une nuit sans histoire et sans drame, un cliquetis se faisait entendre. Il résonnait, comme la voix d’un être immatériel dans un univers en suspens, studieux et décalé. Un cliquetis très léger, à peine audible à qui s’approcherait, mais néanmoins présent et régulier. Il résonnait sur ces murs, ces étagères, ces instruments qui, habitués, se le renvoyaient par jeu. Cela faisait longtemps qu’ils n’avaient plus entendu ce chant-là, et c’était toute la pièce qui se tendait pour en entendre la mélopée. Cette mélopée légère et douce…

    Jaime Télaran disait toujours que chaque orfèvre, lorsqu’il créait, faisait naître de ses doigts un chant qui lui était propre. Ainsi ne signait-il pas seulement ses œuvres de sa « griffe », mais bien tout le processus de leur création, de l’ébauche à la fin… Lui était un orfèvre loué pour sa patience, qui conférait à ses bijoux et ses parures un aspect propre, symétrique. Son fils, plus brute, insufflait aux métaux son honnêteté, et livrait sans exception des œuvres authentiques et durables. Quant à la fille, celle qui refusa l’atelier pour le trône, c’était sa finesse que l’on louait. Cette aptitude à rendre solide comme la pierre des créations aériennes et à l’aspect délicat. Son chant était donc délicat, lui aussi. Il n’était audible que par qui se serait tenu, silencieux, derrière elle.
    Que faisait la veuve de Laclaos, au beau milieu de la nuit, dans l’atelier de ses frères de sang ? Ce qu’elle faisait le mieux, des bijoux. Elle avait laissé les siens dans la demeure des Edorta. Elle avait laissé là-bas tout ce qui l’identifiait comme la veuve d’un roi. Le corps recouvert d’une cape de bure noire, elle s’était glissée dans la nuit, anonyme, jusqu’à cet atelier. Elle en avait gardé la clef, et s’y était installée comme elle l’avait fait si souvent, plus jeune. Si elle en croyait la poussière qui s’était déposée un peu partout, cela faisait des lunes que son frère n’était plus venu y œuvrer. Quelle en était la raison ? Etait-il indisposé, souffrant ? Ou avait-il tout simplement été trop occupé à suivre les récents évènements pour s’adonner à leur art ? Cette pensée, qu’elle eut en pénétrant dans la pièce, fit naître en elle l’envie de rendre visite à ce frère avec qui elle avait perdu contact. Après tout, l’heure était aux alliances, et elle se savait appréciée des Télarans, qui lui avaient manifesté leur tristesse, dans les deuils qu’ils avaient bien voulu partager avec elle.

    Puis elle s’était installée et avait commencé à travailler. Sans esquisses, sans préparation… pour le simple plaisir de marteler ces métaux précieux… Afin de s’oublier un peu dans leur chant et dans leur danse.

    Elle était restée là des heures, sans faire de pause, si ce n’était pour allumer de nouvelles bougies. Leur flamme se reflétait dans les aspérités du métal, lui conférant l’aspect d’un être vivant encore imparfait, un être à naître. La chaleur de leur flamme, et une petite fièvre venue la saisir depuis les récents évènements, avait recouvert son front d’une mince pellicule de sueur, à laquelle s’accrochaient des mèches de ses cheveux de jais. Elle les avait rattachés en vitesses en un chignon flou, tenu par un simple peigne. Ainsi ne se laissaient entrevoir que les quelques mèches qui s’en étaient glissées pour venir onduler autour de son visage. Ses yeux, eux, ne faiblissaient pas et restaient invariablement fixés sur son œuvre, tandis que ses mains frappaient, doucement, sans cesse. Elle n’était plus Mithra, elle était la fille d’un Télaran, une fille sans nom et sans histoire. Une femme libre du deuil et des complots. Il lui fallait occuper son esprit et son âme afin de les libérer de tout ce fiel venu les alourdir. Car du fiel, elle en avait accumulé, ces derniers jours. Et elle en avait même libéré. Ce qui ne lui ressemblait pas, pourtant. Certes, la mort de son époux l’en avait gorgée, car elle ne pouvait à l’époque s’empêcher de voir dans le trépas du bon Laclaos quelque manipulation de la jeune Lysandre. Mais c’était la mort de Cyclae qui l’avait le plus touchée. Cette mort violente et inattendue. La mise à mort d’une Edorta. Impensable. Impensable comme la mise à mort de tout Olarils, aux yeux de Mithra. Cela lui avait fait réaliser le danger que pouvait représenter ce chef. Et outre le fait qu’elle estimait que Lysandre avait volé à son fils le trône qui lui revenait de droit, elle voyait désormais en elle un despote. C’était sans doute ce qui expliquait ses « imprudences ». Imprudences aux yeux de la veuve, réactions naturelles aux yeux d’autrui. Mithra se levant pour hurler à la mort d’un Edorta, s’engageant ouvertement contre Lysandre. Bien entendu elle avait fait son devoir, et il aurait été insultant envers son clan de ne pas en faire autant. Mais cela l’avait mise à découvert, et ce n’était pas la meilleure chose à faire, lorsque l’on veut jouer de manipulation et de discrétion. Il allait falloir qu’elle joue de son adresse avec les mots, si elle souhaitait se remettre dans la partie avec davantage d’habileté que ne l’avait fait Vesper Astar, car il n’était pas dans les « plans » de Mithra de finir dans un cachot, ou la corde au cou.

    Mais pour cette nuit au moins, cette nuit seulement, elle souhaitait se détacher de tout cela. Malheureusement, rares étaient les souhaits exaucés sans contre partie. Et d’un moment à l’autre, elle redoutait que l’on vienne l’interrompre. Alors, il lui faudrait inévitablement rendre des comptes sur sa présence ici, et sans doute même la reconnaîtrait-on, car même sans ses atours, Mithra demeurait Mithra, et nul ne serait leurré par quelques gouttes de sueur et un apparat simplifié. Elle poursuivit cependant son ouvrage, s’enfonçant plus avant dans l’épaisseur de cette nuit. Elle ne savait plus depuis combien de temps elle se tenait là. Elle avait d’ailleurs des fourmis dans les jambes. Mais elle tiendrait encore le temps qu’il faudra. Sans doute jusqu’à ce que l’aube ne vienne menacer sa douce solitude…

    A un moment pourtant, elle arrêta ses gestes, et leva pour la première fois les yeux de la pièce qu’elle créait. Elle avait entendu quelque chose, au travers de sa concentration. Elle repoussa sa chaise en silence, et se leva, titubant un peu avant de s’appuyer à une étagère. Le bruit qu’elle avait entendu était proche. Tout espoir de discrétion était perdu, et il eut été suspect d’éteindre les bougies et de se cacher. Suspect et surtout vain.

    Avec un soupir de regret, elle se décida à appeler.

    « Qui va-là ? »


    ***



-Je ne suis pas à l'aise dans les sujets aux multiples posteurs,-
-aussi je préfèrerais que deux personnes maximum me rejoignent sur ce topic ^^-

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Jezabel Hirune
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MessageSujet: Re: Dans l'atelier Télaran   Dim 5 Juil - 22:23

Elle se retournait dans sa couche. Son sommeil, quand elle parvenait à dormir, était peuplé de cauchemars. Elle se voyait lapidée par la foule après qu'elle eu révélé ses desseins. Elle voyait sa sœur qui la condamnait à l'exil, sa grand-mère qui l'accusait d'être une sorcière impie. Elle voyait Zeljar se faire tuer. Et tous ces yeux accusateurs des Olarils qui n'attendaient que de lui cracher dessus... Elle avait beau crier dans son rêve, elle avait beau clamer qu'elle n'était pas la méchante de l'histoire, mais personne ne la croyait. Parce qu'elle était profondément mauvaise, parce qu'elle trahissait les siens au profit de l'amertume et de l'ambition.
La pièce entamait son nouvel acte, et le drame n'aurait de cesse de monter en crescendo que lorsque les passions s'éteindraient, par la mort ou la vie. Le fait était qu'elle avait peur. Viscéralement. Elle aurait voulu arracher ses entrailles et les balancer au plus loin pour ne plus ressentir cela. Le doute, encore et toujours, que tout dégénère, qu'elle ne réussisse pas. Toujours et en tout temps, elle remettait en cause ses choix. Tantôt, elle était persuadée du bienfondé de son entreprise, tantôt elle se rétractait. C'était de la lâcheté. Purement et simplement. Alors comment, par les Dieux, aurait-elle pu dormir d'un sommeil salvateur ? Ses pensées macéraient dans sa tête et venaient hanter ses rêves, la pression qu'elle ressentait -et dont elle se complaisait inconsciemment très certainement- la faisait mourir chaque jour un peu plus. Comme si elle dansait encore et encore et que son corps finissait par s'embraser de ne pas avoir su s'arrêter à temps. Mais l'incertitude, le doute, la peur, l'enchevêtrement de protagonistes engagés, les regrets, l'ambition...c'était trop dur à assumer. Elle aurait voulu savoir ranger ces petits fils emmêlés dans sa tête, elle aurait voulu ne prendre que le meilleur et laisser le pire. Personne ne lui avait dit que ce serait facile, et jamais elle n'avait osé le penser. Mais, pourquoi cela devait-il être si difficile ? Sa dispute avec Sorastrata l'avait achevée. Et, par la même occasion, avait rendu tellement réelle la situation. Non, ce n'était plus un fantasme repensé d'innombrables fois. Elle, Jezabel Hirune, avait définitivement tourné le dos à une époque.

Elle ouvrit les yeux. Puisqu'elle ne parvenait pas à dormir, et qu'il aurait été vain d'essayer, elle se leva silencieusement de son lit. Se saisissant de son manteau en fourrure, et laçant ses bottes en cuir, elle sortit de la chambre. L'obscurité n'était pas un problème, la nuit était claire et le ciel dégagé. Pas un bruit ne filtrait dans ce silence. Le foyer des chasseresses s'était endormi depuis longtemps, et il restait bien quelques heures avant que l'aube ne vienne pointer à la porte. L'air frais lui ferait du bien. Elle voulait marcher, pour se détendre et reprendre un nouveau souffle. Elle se surprenait de plus en plus à ce genre d'escapade ces derniers temps. Elle n'était pas allée chasser depuis longtemps, et la solitude de ces moments en forêt lui manquaient. Et si errer dans les rues désertes d'Arestim n'était pas exactement la même chose que de marcher dans les bois, elle en ressentait tout de même une certaine familiarité inexplicable.
Elle marcha sans but, appréciant le silence morne des ces rues habituellement grouillantes. Elle passa devant la caserne, dans laquelle Vesper Astar devait encore croupir, les sources chaudes et le lavoir, les arènes de Bakarne, et termina sa boucle en coupant par les échoppes. Cette tranquillité rendait les lieux tout autre que durant la journée. Comme s'il s'agissait d'un autre monde. Elle aimait cette étrangeté.
Puis elle perçu de la lumière dans l'atelier Telaran. S'avançant jusqu'à la fenêtre, elle ne vit rien, car les rideaux étaient clos. Jezabel n'était pas particulièrement curieuse de savoir qui s'y trouvait...quoique. Sans vraiment se cacher, elle avança jusque dans l'embrasure de la porte, et poussa cette dernière qui était demeurée entrouverte. Une voix féminine retentit, et la chasseresse trouva Mithra Edorta debout, appuyée contre une étagère. Elle ne perdait pas de son aura royale, elle lui sembla simplement seule, comme le capitaine au milieu de son navire.
La veuve de Laclaos. Quelque chose tilta dans la tête de Jezabel, et elle y vit là une aubaine. Tomber sur cette femme de façon inopinée était improbable. Y fallait-il voir un signe de Panpale ?
La jeune femme inclina respectueusement la tête pour saluer Mithra.

« Rien de plus qu'une femme dont les projets pourraient s'arranger avec les vôtres » répondit-elle d'une voix presque solennelle. « Il semblerait que le sort aie organisé cette rencontre, et non sans desseins »

Elle leva les yeux sur la femme en face d'elle, pour vérifier sa réaction. Elle savait que Mithra n'était pas demeurée insensible à la nomination de sa sœur. Quoi de plus normal ? Son petit avait été évincé du pouvoir par son propre époux. La rancoeur devait être vive...
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Mithra Edorta
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MessageSujet: Re: Dans l'atelier Télaran   Mar 7 Juil - 10:16

    Elle se tint droite, dans l’expectative de la découverte de la personne venue l’interrompre. D’une main absente, elle dégagea les quelques mèches qui barraient son front. Lorsque l’intruse se montra, elle retint un hoquet de stupeur… La sœur de Lysandre. La veuve plissa quelque peu le nez, et un instant son regard demeura vague. S’il était une personne dont elle ne s’attendait pas à croiser la route, de nuit, dans l’atelier d’orphèvre de son père, c’était bien l’une des proches de Lysandre. Un instant, même, elle se demanda si tout cela n’était pas une manœuvre pour la réduire au silence, discrètement. Après Vesper… Après tout, la traque n’était-elle pas leur plus grand talent ? Il eut été aisé à une Chasseresse aussi brillante de la suivre, au sortir de la demeure Edorta, sans qu’elle ne se doute de quoi que ce soit. Mais Jezabel fit entendre sa voix, et ses propos semèrent le doute dans les suppositions de Mithra. Elle se redressa, retrouvant plus de contenance, et haussa un sourcil éloquent. Ce que dit Jezabel l’intrigua beaucoup, mais elle avait fait suffisamment d’erreurs ces jours derniers. Aussi privilégia-t-elle la prudence et choisit de ne point trop en dire.

    « Vous êtes la sœur de Lysandre. Quels desseins pouvons-nous donc avoir en commun ? »

    Voilà qui n’était pas trop acerbe, d’autant plus dit avec la douceur qu’avait adopté sa voix. La nuit et le silence aidant, elle s’adaptait, et déposait un léger velours sur ses appréhensions. Il lui fallait prendre garde à tout. Elle qui s’abandonnait à son art l’instant d’avant, la voilà revêtue de ses apprêts de veuve et de « politicienne ». Car finalement, c’était ce que les évènements avaient fait d’elle. La reine noire s’avançant prudemment dans l’objectif de mettre à bas son homologue blanche. Et entre elles, des pions gris. Jusqu’à présent, elle n’avait pas considéré Jezabel comme l’un des plus intéressants… Mais si elle ne lui inspirait pas confiance, ses propos avaient cela de bon qu’ils avaient mis en lumière une configuration que Mithra n’avait pas su remarquer.
    D’un pas léger, le bas de sa cape de bure noire soulevant de légères volutes de poussières dans son sillage, elle contourna la tablette de travail pour y laisser errer un doigt absent. Le contact de ce bois si familier lui rendit son assurance. Elle hocha la tête avec un sourire énigmatique et reprit la parole :

    « Ne devriez-vous pas être en train de réconforter cette pauvre Lysandre ? M’est avis que je ne suis pas la seule à traverser ces derniers temps de grands tourments. Et moi, je n’ai tué personne… » Elle ferma les yeux, laissant un instant le deuil passer comme un spectre sur son visage vague, dans la lueur de la bougie.

    Elle était sincèrement navrée pour Cyclaë. Cette femme qui au fil des années était devenue comme une sœur pour elle. Mais elle n’était pas convaincue qu’il avait été dans l’intention de Lysandre de la tuer. Cela dit, cette dernière avait ouvert un gouffre sous ses pieds, et Mithra était prête à l’y précipiter.

    Ce furent des yeux surs et directs que Mithra braqua alors sur la Chasseresse. Elle attendait un mot, de quoi l’étudier… L’évaluer. Et cela se voyait.


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Jezabel Hirune
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MessageSujet: Re: Dans l'atelier Télaran   Mar 7 Juil - 18:15

Jezabel ôta son manteau pour le placer au travers de son bras gauche, traduisant tacitement qu'elle désirait une conversation qui pourrait prendre un certain temps. Ho non, elle ne doutait pas que Mithra fut l'une des plus vives récalcitrantes à la condition de Lysandre. Cette femme possédait un trop gros pouvoir sur la communauté Olarile pour que la chasseresse ne l'inclut pas dans ses plans. A elles deux, elle pourrait créer quelque chose d'assez conséquent pour renverser le chef illégitime. Et si, selon ses projets, Lis et Hemric parvenaient à réussir leurs manoeuvres, nul doute que sa soeur ne tiendraient pas longtemps. Il fallait pour le moment traîner Lysandre dans la boue, faire courir la Rumeur. Car nul n'ignorait que les on-dits pouvaient s'avérer incroyablement tranchant lorsqu ils étaient utilisés à dessein...

« Bien plus que vous ne le soupçonnez » répondit-elle.

Elle se risqua à esquisser un sourire équivoque. Mithra ne lui faisait pas confiance. Quoi de plus normal. Elle était une Hirune, et la soeur de Lysandre de surcroît. Et elle s'affichait comme Partisane. Elle avait toutes les raisons du monde de se montrer méfiante.
Elle avança d'un pas pour entrer vraiment dans la pièce.

« Avec tout le respect que je vous dois, vous prêchez une convaincue. »


Jezabel savait qu'elle devrait prouver à son interlocutrice qu'elle n'essayait pas de la duper. Elle savait que Mithra essayerait de la tester, de la mettre l'épreuve. Cette femme ne s'engageait pas dans un terrain glissant à moins d'être sure d'arriver à ses fins.

Elle joignit ses mains, 'oubliant pas qu'elle avait en face d'elle la veuve et Laclaos. En outre, ce n'était pas parce que leur s opinions se rejoignaient en cet instant qu'elle ne divergerait pas une fois Lysandre mis hors jeu. Mithra désirait sûrement remettre sur le trône Xan son fils. Alors que elle...elle avait d'autres projets concernant ce point. Mais tout cela était mettre la charrue avant les boeufs. Pour l'instant, les deux femmes pourraient faire cause commune sur ce bout du chemin. Elle s'humecta les lèvres avant de parler. Elle considéra que la meilleure tactique était d'exposer de but en blanc sa position à Mithra.

« Lysandre et moi avons quelques...divergences si je puis dire, bien qu'elle l'ignore elle-même. Il est des choses que je n'accepte pas en ce monde, et ma soeur qui succède à votre mari en est une. Quand le peuple est mécontent, il réclame la tête du roi. Et cette tête, nous pouvons vous et moi l'aider à tomber. »

Elle marqua un silence. Ses yeux brillaient, fixant Mithra. Que pensait-elle en cet instant ? Jezabel était-elle allée trop loin ? Insultait-elle cette femme en venant à elle pour lui confier ses plans ? Ou peut-être la jugerait-elle imprudente de s'ouvrir ainsi, et par conséquent ne lui accorderait nul crédit ?

« Je viens à vous en ce temps parce que je crois réellement que nous pouvons trouver un terrain d'entente. Je me dévoile à vous pour vous prouver ma sincérité. Croyez-moi que je ne l'aurais pas fait si je doutais de vous un seul instant. »

La chasseresse inclina respectueusement la tête comme si elle prêtait allégeance à Mithra.

« Vous avez toutes ls cartes en main à présent...c'est à vous de décider le prochain tournant de la Partie »
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Mithra Edorta
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MessageSujet: Re: Dans l'atelier Télaran   Mar 7 Juil - 21:47

    Ayant mis entre elles la table de travail, elle se sentait comme préservée. Elle n'avait pas lâché Jezabel des yeux, étudiant chaque aspect de sa physionomie. Mithra n'était certes pas aussi habile au combat que pouvait l'être une Chasseresse, elle évaluait souvent bien les gens, don qui avait été précieux en société. Elle laissa le corps de l'Hirune se déplier, une fois ôté son manteau. Elle la regarda pénétrer dans ce lieu qui lui était si familier, à elle. Ses membres longs, ses jambes interminable et ce buste allongé et souple... Elle avait des mouvements souples et gracieux, pour une femme de sa taille. Et, chose qui rassura grandement la veuve, rien dans ses gestes ni sur son visage n'indiquait une tension quelconque, ni davantage d'agressivité. Mithra se détendit quelque peu, et accorda une très grande attention à ce que la Chasseresse avait à lui dire. La démarche lui sembla incongrue, d'un premier abord... Mais au fil des quelques mots d'explication que Jezabel concéda à la veuve Edorta, celle-ci se sentit de plus en plus saisie de questions. Jezabel lui répondait sans répondre tout à fait.
    Elle lui parlait de divergeances, de têtes à faire tomber... De Laclaos. Sur ce point, Mithra fronça les sourcils d'un air interrogateur. Que diable son défunt époux avait à voir avec l'amertume de Jezabel ? Un instant, Mithra tenta de se rappeler tout ce qu'elle pouvait savoir sur la jeune femme... Ce qui se résumait à très peu de choses, en fin de compte. Une présence... Une silhouette assez "anormale", par rapport à ses soeurs. Une femme intéressante, calme et au regard très intelligent. A sa connaissance, elle n'avait pas d'enfants. Il lui semblait pourtant l'avoir vue enceinte, fut un temps... Mais la certitude n'était pas de mise.

    Mithra décida en fin de compte de mener cette enquête de son côté. Les confidences de Jezabel lui laissèrent un goût amer en bouche. Jusqu'à quel point pouvait-elle y accorder du crédit ? Une femme sans histoire, ce visage calme et d'une grande neutralité, venu lui débiter ses envies de soulèvement, lui sembla être la parfaite esquisse d'un piège. Pour autant, là-dessus non plus il n'y avait pas de certitudes... Juste une multitude de questions... Elle souhaitait trouver avec Mithra un terrain d'entente. Et Mithra souhaitait en trouver un terrain d'entente entre prudence et intérêt.

    Elle s'humecta les lèvres, longtemps après que Jezabel eut terminé son discours. Elle avait les cartes en mains, certes... Mais pour son plus grand malheur, Mithra n'était pas femme à en lire les prédictions. Pour Mithra, les cartes n'étaient toujours qu'un angoissant jeu de hasard. Angoissant car pour l'heure, ce n'était que sur des êtres imprévisibles qu'elle bâtissait ses plans. Elle seule ne suffisait pas. Elle n'avait ni le soutien, ni les armes pour rivaliser seule avec une Hirune désignée comme héritière par un Chef juste et apprécié. Et ses motivations actuelles ne valaient pas, aux yeux de tout Olaril, la peine de mettre à bas un chef légitime. Car si l'amour d'une mère et d'une épouse était un témoignage sain et qui parlait au coeur de tous... C'était un témoignage qui en politique, malheureusement, prenait l'allure d'une vile course à la gloire et au pouvoir. Alors les cartes abattues dans le but de sauver l'honneur d'un fils n'étaient plus au yeux de tous qu'une obscure manipulation, oeuvre d'esprits machiavéliques.

    Mithra était trop intelligente pour ne point s'en rendre compte. Elle qui se battait pour un fils absent... Pour un fils qui ne témoignait, pour sa quête, pas le moindre intérêt, savait qu'aux yeux de tous elle n'était que la digne veuve d'un roi, partie en quête d'un honneur sacrifié aux secrets. Et c'était ces secrets qu'il lui fallait mettre à jour, pour elle seule, si elle souhaitait rendre Lysandre "illégitime".
    En effet, Mithra n'aimait guère le sang, et contrairement à Jezabel, elle estimait que trop de têtes étaient déjà tombées. Lysandre avait sans doute manipulé cet homme, ce père attentionné et ce généreux amant qu'avait été Laclaos avec sa famille, mais même cela ne méritait pas la mort.

    Pas tant que ces histoires, inconnues de tous, n'étaient connues de Mithra. Pas tant qu'elle ne lui aient pas affirmé le contraire.

    Quelque chose la gênait, donc, dans l'enthousiasme de Jezabel. La crainte de quelque fourberie, mais également celle que les deux femmes ne jouaient pas aux cartes en suivant les mêmes règles. Cela dit, finalement, le résultat était le même, et Jezabel, si elle disait bien la vérité, avait raison sur un point : faire route commune les rendrait plus fortes.

    Au terme d'un interminable silence, la veuve élargit quelque peu son sourire. Sans un mot, elle se rendit au fond de la pièce où elle alla chercher une chaise, invisible dans un coin obscur de la pièce. Cette chaise où elle s'était perchée, enfant, pour observer son père tant aimé à l'ouvrage. Que ne pouvait-elle le revoir, le temps d'une heure, et sa mère également. Eux auraient su que faire. Mais ils n'étaient plus là. Dans un autre coin de la pièce, Mithra s'empara d'un torchon propre qui servait à libérer les bijoux de la poussière née du travail. Elle s'en servit pour dépoussiérer la chaise et la plaça à côté de celle où elle s'était installée pour travaillée. D'un signe de la tête, accompagné d'un sourire vierge de tout fiel, elle indiqua à l'Hirune de s'asseoir sur ladite chaise.
    Finalement, elle ouvrit un petit placard d'où elle sortit une bouteille emplie d'un liquide ambré, aux reflets dorés à la lueur des bougies. Deux petits verres, qu'elle nettoya également d'un coup de chiffon. Elle alla s'asseoir, ensuite, et servit deux verres du succulent alcool.

    "Mon frère aime les vieilles traditions de famille. Mon père le cachait là, lorsque j'étais enfant. A chaque fois qu'il achevait un ouvrage, nous avions le droit de boire un peu d'alcool avec lui. Il affirmait que cela ne pourrait que nous fortifier."

    Elle eut un sourire attendri par le souvenir. Avant de boire, elle attendait que Jezabel l'ait rejoint.

    "Parlons donc de ces cartes. Que souhaitiez-vous en faire, au juste ?"
    Elle haussa les sourcils, sa voix avait soudain quelque chose de plus pragmatique. De plus simple.
    "J'ignore quel est le secret qui motive cette rancoeur, et ce que vous m'avez dit, je n'en suis pas dupe, n'est qu'une infime partie de vos motivations" Elle passa un doigt absent sur ses lèvres. La lumière donnait quelque chose de doux à son visage, et des reflets trompeurs aux mèches échappées à son contrôle. "Mais pour l'heure, vos secrets ne m'intéressent pas..." Elle sourit "Je suppose que ceux de votre soeur nous seront plus utiles."

    Non, les secrets de Jezabel viendront plus tard... en temps et en heure.

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MessageSujet: Re: Dans l'atelier Télaran   Mer 8 Juil - 20:56

Apercevoir un sourire sur le visage de Mithra Edorta eu l'heur de la rassurer...si tant était que le noble visage de la veuve de Laclaos pouvait rassurer. Elle portait sur elle toute la dignité d'une reine. On ne pouvait que se sentir serviteur en la voyant. Et c'est ce que Jezabel ressentait. Les belles femmes lui avaient toujours inspiré soit la jalousie, soit la crainte. Le silence qu'elle garda après que la chasseresse eu lâché sa bombe lui parut durer des siècles, pendant lesquels elle n'eut de cesse d'observer la veuve, suivant du regard absolument tout ce qu'elle fit. Elle était maîtresse en ces lieux, et si Jezabel l'avait surprise en venant ici, elle n'en donnait pas moins l'impression de mener le jeu.
Il lui fut étranger de la voir dépoussiérer les chaises, comme si, de quelque sorte que ce soit, Mithra se révélait pareille au commun des mortels. Non pas qu'elle la prit pour une déesse, mais le piédestal sur lequel l'avait mise Laclaos en devenant chef, l'apparence digne et noble qu'elle possédait ne la rendait que trop intimidante.
Mais finalement, elle n'était ni plus ni moins qu'une femme. Avec des désirs, avec des projets. Et si les leurs pouvaient se rejoindre, alors il y aurait là un véritable changement.
L'aînée Hirune alla s'asseoir docilement sur la chaise, trop heureuse que Mithra soit intriguée voire séduite par ses propos. C'était là la seule occasion qu'elle aurait. Elle posa son manteau sur le dossier et se plaça sur le siège, gardant le dos droit et les membres raides.
De l'alcool fut servit. Jezbel n'en buvait jamais, ou très rarement. Elle n'aimait pas le goût, ni les effets qu'ils provoquaient sur elle. Une petite dose suffisait à la désihniber, et jamais au grand jamais, elle n'aurait accepté la position délicate dans laquelle l'aurait plongée la prise de ce liquide En outre, elle avait toujours tenu pour acquis qu'une chasseresse ne devait pas se rabaisser à boire ce poison, qui trompait l'esprit et le coeur. Mais comme elle l'avait entendu à mainte reprise, et comme Mithra le confirmait, un petit verre ne pouvait pas faire de mal. De plus, il aurait été impoli de refuser. Se saisissant du verre un peu après elle, Jezabel le porta à sa bouche et en avala la substance. C'était fort, ça lui brûla la gorge. Mais elle contint sa toux en serrant les poings sur ses cuisses.

« Comme vous l'avez remarqué, la division entre les Olarils devient chaque jour un peu plus pesante. Et même si l'arrestation de Vesper Astar a porté un coup aux Opposants, ils...nous n'en demeurons pas moins aussi importants que les fidèles de Lysandre. J'ai assisté à leur grand rassemblement, et à l'heure actuelle, ils préfèrent tergiverser plutôt que de prendre de réelles mesures. Même si je ne commettrai pas l'erreur de les sous-estimer. Il ont dans leur rangs des têtes pensantes. »

Elle songea entre autre chose à Amiguel Garthésia dont elle ne parvenait pas à saisir les réelles motivations, mais qui, elle en était certaine, était pourvu d'une intelligence redoutable. Elle pensa également à Sorastrata et Luminara, dont Lysandre écoutait beaucoup les conseils. Or, après ce qu'il venait de se passer avec sa grand-mère, nul doute que cette dernière allait agir en conséquence. La question était de savoir quand. Même Nydearin, le mari de Lysandre, pouvait s'avérer prodigue en conseils. Non, elle ne ferait pas l'erreur de sous-estimer leur influence sur Lysandre.
Elle se racla la gorge, observant Mithra.

«  Il y a deux jours, j'ai rencontré Lys Dianthra, une des prêtresses de Bakarne ainsi que mon cousin Hemric. Nous avons convenus de certaines mesures pour, comme vous l'avez dit, découvrir les petits secrets de Lysandre. »

Elle garda quelques renseignements pour elle au cas ou. Jezabel ne ferait confiance à personne d'autre qu'à Ebanelle dans cette histoire.

« Le but étant de savoir pourquoi votre...votre époux a choisi ma sœur. Sauf votre respect Mithra, car vous plus que quiconque connaissait le mieux Laclaos, nous voulons savoir comment Lysandre s'y est prise pour être nommée à sa succession. »

Il lui fut difficile de parler de l'ancien chef à sa veuve. Elle avait peur de faire un faux pas. Et elle était persuadée que un seul suffirait pour que Mithra refuse de lui apporter son aide.

« Nous...nous pensons que Lysandre a un rapport avec la mort de Laclaos » lâcha t-elle

Parler de ce genre de chose à Lis et Hemric était une chose. En parler avec Mithra en était une autre. Autant, elle avait eu les mêmes soupçons, autant elle ne s'était doutée de rien, ou alors, pas dans ce sens là. Insinuer que Lysandre avait quelque chose à voir avec le décès de Laclaos pouvait sonner comme une calomnie honteuse. Mais la théorie était tout à fait plausible à moins que Mithra n'apporte de nouveaux faits qui viennent définitivement l'écarter.
Qu'il aurait été commode pour tout le monde que Lysandre aie tué Laclaos afin de prendre sa place !
Néanmoins, Jezabel l'en croyait incapable. Sa soeur n'était pas une tueuse...
Mais si la rumeur se répandait, il serait dur de la faire taire, et Lysandre aurait à se justifier dans tout les cas. Alors qu'a priori, rien ne pouvait ni la défendre, ni l'accuser, laissant aux bonnes gens le soin de tirer eux-même les conclusions. De plus, l'affaire des jeux de Bakarne l'enfonçait encore plus.
Jezabel était certaine que tout ces faits combinés pourraient assez affaiblir Lysandre pour que les Opposants saisissent l'occasion.
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Mithra Edorta
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MessageSujet: Re: Dans l'atelier Télaran   Jeu 9 Juil - 9:20

    Mithra la suivit du regard tandis qu’elle s’installait face à elle, souriant sans animosité de sa raideur. La sœur de Lysandre paraissait intimidée. De même, lorsqu’elle porta l’alcool à ses lèvres, par pure politesse, à en juger par l’expression de son visage lorsque Mithra le lui tendit. Pour autant, la veuve n’eut pas la délicatesse de la rassurer quant au fait que rien ne l’obligeait à boire. La raison était simple, elle ne buvait elle-même que très rarement, mais toujours en des occasions importantes, ou du moins « intéressantes ». La crispation qui suivit lui arracha un nouveau sourire, plutôt conciliant celui-là. Pourtant ses yeux, eux, ne souriaient pas. Pas pour le moment. Il lui fallait tirer au clair encore bon nombre de choses avant que son esprit ne soit apaisé, et elle redoutait que, malheureusement cela ne prenne du temps. Beaucoup de temps. Sur son invitation, Jezabel distilla quelques informations. Infimes, incomplètes, mais elles avaient le mérite de lui laisser entrevoir ce qui se tramait là où ses yeux ne pouvaient se poser.

    Et les nouvelles étaient bonnes. Lysandre et les siens avaient un temps de retard, donc. Car si elle n’avait pas mené de « conseil des opposants » ni même demandé de façon véhémente aux quelques personnes qui la suivraient soutien et action. Cela avait conduit Vesper dans une cellule. Et elle n’était pas aussi simple que cela. L’action de Mithra avait commencé à ce fameux conseil où son apparition, bien que brève, n’était pas innocente. Une veuve éplorée était le seul masque dont elle aurait besoin, et le miel de ses mots son seul attirail. Elle avait commit des erreurs, Lysandre aussi. Sur ce point elles étaient quittes, en bonne intelligence chacune de la position de l’autre. C’était là d’ailleurs l’erreur de Mithra, qui souhaitait mener ses actions avec sa grande délicatesse, sans qu’à un seul instant, on ne se doute de quoi que ce soit. Maintenant qu’elle était l’ennemie déclarée de l’Hirune, il allait lui falloir faire preuve du tact nécessaire pour agir sans que cela ne soit trop flagrant au vu et au su des soutiens de la Chasseresse. Car oui, l’Edorta avait l’intelligence de ne pas les sous-estimer.
    Si on ne pouvait reconnaître à Lysandre des qualités telles que la patience et la finesse, ou pouvait lui reconnaître néanmoins n’habileté à combler par ses relations ces lacunes. Son propre fils, Eldar…

    Cette idée lui arracha un douloureux pincement au cœur, qui jeta sur son visage une ombre grave. Mais bien vite elle la réprima et, s’humectant les lèvres pour y reporter l’alcool, elle écouta la suite, légèrement penchée en arrière, les jambes croisées.

    Enfin, ce qu’elle attendait, depuis que Jezabel avait entamé ses histoires, arriva. Des noms. Le nom de quelques personnes qui, à en croire l’Hirune, pouvaient s’avérer utiles. Bien entendu, il lui faudrait trouver un moyen de vérifier cela. Mais c’était une piste, et chaque piste était précieuse. Puis les interrogations de ces Olariles suivirent. Cela arracha à Mithra un léger sourire, au début. Tout le monde, en Arestim, voulait savoir pourquoi Laclaos avait nommé l’Hirune, qu’il soit pour ou contre Lysandre importait peu. Personne ne savait, et cela gênait. Cela oppressait la famille du défunt chef, son fils aîné, ses cadets, son épouse… Les Olarils en général. Comment la Chasseresse s’y était-elle pris pour semer le doute dans l’âme d’un homme aussi droit et aimant ?

    Et enfin vint la supposition formulée par le petit trio. A l’appréhension de Jezabel Mithra répondit par un léger rire, fermant les yeux, qui s’acheva sur un sourire plein de lumière. L’Hirune avait peur de sa réaction, bien entendu. C’était de son époux qu’elle parlait et, comme elle l’avait dit elle-même, Mithra était sans doute la personne qui connaissait le mieux Laclaos. Car Lysandre, si elle l’avait troublé par quelques manœuvres, ne l’avait pas tout à fait changé non plus.

    « A mon tour de vous faire une confidence » déclara-t-elle d’une voix douce. « Je suis intimement persuadée que Lysandre n’a tué ni Laclaos, ni Cyclaë » Elle laissa quelques secondes s’écouler, toujours souriante. « Mais il eut été plus… pratique qu’elle l’ait fait »

    Un regard entendu suivit cette brève déclaration. Bien entendu, l’idée que Lysandre ait eut un rapport direct avec la mort de son époux lui avait déjà effleuré l’esprit. Mais cela, pour bien des raisons, la laissait sceptique. « Laclaos était un homme très intelligent. Et il n’était pas de ceux qui se détruisent en connaissance de cause. Il avait un foyer qui lui était très cher. Un foyer en qui il avait confiance. » Elle regarda ailleurs un instant, encore vif le souvenir de cet homme qui avait partagé sa couche durant plus de vingt ans… Sans doute était-ce le lieu qui affaiblissait les défenses naturelles de la veuve. Jezabel remarquerait-elle la lueur née au sein de son regard ? « Il me fit des confidences au sujet de Lysandre, peu avant son décès. » Elle n’entra pas dans les détails, pas pour le moment. « Mais la situation n’est pas à l’avantage de votre sœur, et il est aisé de tourner les choses à notre avantage. Car nul n’entendit ce que me dit Laclaos cette nuit-là. Cela dit, je crains que cela ne vienne pas à bout de notre… problème » Elle se montrait très prudente. Après tout, si elle était connue de tous pour souhaiter voir Lysandre quitter son trône, la trahison de Jezabel était tout à fait nouvelle pour elle.

    Il leur faudrait trouver d’autres ouvertures afin de toucher Lysandre que celle du ragot. D’autant plus qu’un ragot tardif, soufflé par quelqu’un qui n’est point engagé, est plus intéressant que celui soufflé par l’ennemi déclaré de l’intéressé. Elle préférait laisser les Olarils débattre et semer eux-mêmes le doute. Non, celui qu’elle devait faire quant à elle, c’était épier les erreurs de Lysandre, et trouver la bonne.

    « Dites-moi, quelle fut la réaction de votre sœur au retour des jeux ? J’ai quitté l’arène sitôt Cyclaë tombée… Je ne vis pas sa réaction. » Elle avait la gorge sèche à l’évocation de sa belle-sœur. Elle avait de l’affection pour l’Edorta et sa mort, bien que sans doute davantage l’ouvrage de Limna que celui de Lysandre, avait été le coup porté à Mithra qui la fit commettre ses erreurs. Laclaos était mort très lentement, paisiblement. La violence de la mort de l’éleveuse de chevaux, elle, lui avait arraché de trop vives réactions.

    Elle eut été plus inspiré de garder un œil sur Lysandre, car dans la panique, elle pouvait avoir été imprudente…

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MessageSujet: Re: Dans l'atelier Télaran   Ven 10 Juil - 14:04

En réalité, Jezabel n'aurait su dire si elle aimait prendre par à ces intrigues, ou si elle en avait peur. Peut-être l'excitation provoquées par celles-ci l'amenait dans un état de stress qui faisait naitre en elle l'adrénaline de la crainte d'être découverte...En fait, elle se sentait une personne d'importance. Après avoir passé toute sa vie à n'être que la gentille Jezabel que tout le monde connaissait mais dont on ne faisait guère attention, elle se présentait à présent comme quelqu'un qu'il faudrait prendre en considération. Elle avait toujours souffert du manque de reconnaissance. Mais désormais, tout cela changeait. En s'opposant, elle montrait à tous qu'elle existait. Qu'il n'y avait pas que Lysandre. Encore et toujours revenir à elle...
La jeune femme acquiesça silencieusement à ce que Mithra lui confia. Non certes Lysandre n'avait probablement tué ni Laclaos, ni Cyclaë mais on ne pouvait nier qu'elle avait une grande part de responsabilité dans ces destins tragiques. Si elle ne s'était pas entêtée à ramener cet Ilumber lors des Jeux, rien de tout cela ne se serait produit. Se rendait-elle compte de ce qu'elle avait provoqué ? Pauvre folle.
Cependant, Mithra apporta plein de raisons qui démontaient ce que Jezabel avait entrepris avec Lis et Hemric. La veuve doutait, et même réfutait que Lysandre eu quoi que ce soit à voir avec la mort de son époux. Soit. En cela, Jezabel lui donnait raison. Mais c'était de là que pouvait monter la rumeur pour semer le doute chez les Olarils. Et la chasseresse était toujours intimement convaincue du bienfondé de leur entreprise.
Elle ne souffla mot à ce sujet, car elles auraient eu certainement un désaccord. Or, c'était ce qu'elle voulait éviter.
Elle aurait cependant tout donné pour connaître ce que Laclaos avait dit à Mithra sur son lit de mort. La seule consolation était que rien de ce qu'il avait pu révéler ne discréditait Lysandre, auquel cas sa veuve l'aurait souligné.

« He bien, Lysandre était furieuse. Elle a manqué de tuer Limna. Croyez-moi que si je n'étais pas intervenue, elle l'aurait fait... »

Elle regrettait d'ailleurs bien de ne pas l'avoir fait. Elle ne savait pas ce qui lui avait pris de l'en empêcher. Comme elle s'en mordait les doigts ! A coup sur, Lysandre aurait été évincée, si elle avait tué Limna...
Le visage de Jezabel se ferma. Se rappeler cet échec cuisant lui était douloureux.

« Cette affaire n'a fait aucun bruit jusqu'à présent. Je ne sais pourquoi Limna ne s'en est pas vantée...quant à moi, j'attends la bonne opportunité. »

Elle se demanda comment Lysandre réagirait si cette affaire venait à s'ébruiter. Nierait-elle cet acte d'extrême violence dont elle avait fait preuve ? Avouerait-elle ? Nul ne pouvait le savoir, car avouer revenait à admettre qu'elle avait faillit commettre un meurtre, et cela, les Olarils ne lui pardonneraient pas. Quant à mentir...là encore, ce serait aux habitants de faire leur propre jugement, sachant que ce serait la parole de Lysandre contre celle de Jezabel et Limna.
Grand Dieux, pourquoi l'en avait-elle empêchée ?

« Je...je regrette amèrement être arrivée dans le foyer cette nuit-là. » avoua t-elle à Mithra

Elle en aurait pleuré de rage.

« Mais il y aura d'autres erreurs dont nous pourrons profiter » reprit-elle pour changer de sujet. « Le tempérament de Lysandre lui en fera commettre d'autres. J'en suis persuadée »
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MessageSujet: Re: Dans l'atelier Télaran   Sam 11 Juil - 1:14

    La réponse que fournit Jezabel à sa question était à peu près celle que Mithra attendait. Lysandre était une femme impulsive, mais la bêtise ne figurait pas au tableau de ses défauts. Loin s’en fallait. L’évocation de Limna demeurait difficile à Mithra, pour qui la Chasseresse n’était qu’une vile gamine, qui avait précipité dans l’oubli une femme de valeur. Mais il allait falloir qu’elle fasse avec elle, car si la Chasseresse avait été capable d’une telle trahison, c’était que sa haine pour Lysandre était forte. Plus que celle que nourrissait Mithra. La veuve répugnait à faire couler le sang, quel qu’il soit. Ces derniers temps, il avait coulé à flots, pourtant. Laclaos, Cyclaë, Zéphir… Autant de victimes de l’histoire et du destin. Autant de noms, gravés malgrès eux dans le destin d’Arestim Dominae. Des noms, le souvenir d’êtres qui furent les victimes des sombres heures du village. Et Mithra ne souhaitait endosser nulle responsabilité dans tout cela. Pourtant, son instinct lui soufflait le contraire. Au rythme où tout cela allait, ses mains finirait-elle par être souillées elles aussi ? Comme celles de Limna… ?

    Pour l’heure, collaborer avec cette dernière répugnait Mithra au plus haut point, et elle ne ferait pas grand cas de la demoiselle si celle-ci venait à croiser d’un des Edorta, blessé en sa chair par la disparition de l’éleveuse. Mais il n’était pas nécessaire à Mithra de collaborer avec elle pour l’utiliser. Et c’était en cela que la réaction de Lysandre était intéressante. Sans l’intervention de sa sœur, la chef d’Arestim Dominae, elle aussi, aurait sombré dans la déchéance du meurtre. Que serait-il advenu de Lysandre, si sa cousine était morte sous les coups ? Au fond d’elle même, Mithra était persuadée que tout Olaril aurait été choqué, et le lui aurait reproché… Mais la plupart avait également Limna en horreur, en raison de son geste lors des jeux. Ainsi Mithra se demandait si cela en valait la peine… La mort le Limna ne serait pas celle de Laclaos ou de Cyclaë, ni même celle de Zéphir. Elle serait celle d’une meurtrière. Et Mithra se savait incapable, pour l’heure, de la considérer autrement. Cependant, cela aurait été utile. Elle en convenait, et comprenait le remords qui saisissait Jezabel. Remords qui dans le même temps la choquait quelque peu. Jezabel se montrait sous le jour d’une femme encline à sacrifier une vie à ses desseins. A moins que…

    « Et vous. Que pensez-vous de votre cousine en ce moment ? Qu’est devenue Limna, à vos yeux ? » Elle lui sourit avec une douceur inspirant la confiance. Sa question était posée sans détours. Et elle n’était motivée par nul piège. Elle avait simplement pour but de tirer au clair les motivations présentes de l’Hirune. Cela ferait entendre à Mithra la mesure dans laquelle elles pourraient collaborer. Alors même qu’une Edorta était tombée, l’idée de voir Limna sacrifiée à ses desseins lui était difficile, tandis que sa cousine, elle, semblait difficilement supporter encore le fait que celle-ci respirait. Cela était-il du à la vivacité de son envie d’abattre le pouvoir de Lysandre, où à l’indifférence que lui inspirait Limna ?

    Elle rassura également Mithra quant au tempérament de Lysandre. Bien entendu, il ne lui était pas inconnu. Néanmoins, dans la bouche de Jezabel ces propos avaient la douceur du miel. Car à présent, elle aurait un œil sur ce qui se passerait de l’intérieur. Chose inestimable. Jezabel était un don inestimable cédé à la veuve par le Destin.
    En réponse, elle inclina la tête, un sourire énigmatique collé aux lèvres.

    « Et les dieux m’ont offert votre présence, en réponse à mes prières, sans nul doute. Vous rendez-vous compte, Jezabel, de l’intérêt que présente votre regard et vos connaissance aux personnes comme moi ? Vous êtes l'une des très rares personnes suffisamment proches d'elle pour taper là où cela fait mal. » Elle lui sourit. « J'ai beaucoup de chance. » C’était là se livrer un peu, faire un pas en avant. Mais si elle se découvrait quelque peu, Mithra misait sur l’intelligence de la Chasseresse. Elle savait lire les visage, et celui de l’Hirune lui inspirait confiance. Etait-ce un pacte, qu’elle venait de sceller ?
    « Quel intérêt ma personne pourrait-elle bien représenter pour vous ? » C’était là une question primordiale… Qu’était-elle aux yeux de la Chasseresse ? Un fer de lance, une figure digne pour maquiller la félonie et la parer d’une illusoire noblesse ? Car Mithra n’abandonnerait pas tout à leur quête. Et cela, l’Hirune le saurait bien à temps.

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MessageSujet: Re: Dans l'atelier Télaran   Sam 11 Juil - 14:18

A la vérité, Limna avait toujours inspiré du mépris à Jezabel. Sa cousine s'était toujours cru au dessus de toute le monde, même à la chasse, alors que tout le monde savait que c'était Jezabel, la plus douée dans ce domaine. Elle détestait son arrogance, sa vulgarité, ses remarques mal placées et dénuées de bon sens. Elle ne comprenait pas pourquoi Limna avait ce genre de comportement avec les autres, et n'avait jamais cherché à savoir, préférant l'ignorer. Les jeux étaient venu consacrer la quintessence de sa bêtise, et Jezabel n'avait pour elle aucune pitié. Quoi qu'elle aurait plutôt du la remercier, finalement, car elle était l'instigatrice de tout le chaos qui stagnait en Arestim. Si elle n'avait pas lâché cette corde -consciemment ou inconsciemment d'ailleurs- il n'y aurait jamais eu cette division entre les Olarils...et Jezabel, en lâche qu'elle était, n'aurait jamais eu l'occasion de se dresser contre Lysandre.

«Je n'ai jamais eu pour Limna que le mépris qu'elle méritait grassement. Cependant...si elle est stupide, elle sait ce qu'elle a fait. Et toutes les conséquences que cela a engendré. Elle fait profil bas ces temps-ci, et cela vaut mieux pour elle d'ailleurs. Je ne sais pas ce que Lysandre a décidé à son propos, m'est avis elle ne restera pas impunie »

Mithra comptait-elle insérer Limna dans ses plans ? Ce qui était sur, c'est que sa cousine allait forcément servir à l'un des deux partis dans cette histoire. Elle ne pouvait être laissée hors de l'équation. Bien sur, Jezabel ignorait que la responsable de la mort de Cyclae était devenue à moitié folle, qu'elle parlait seule et demeurait solitaire. Elle pensait au contraire que Limna était en train de nourrir une haine vivace contre Lysandre, et attendait une vengeance, comme elle-même attendait la sienne.

La veuve Edorta lui déclara être satisfaite que Jezabel soit venu à elle. Mais elle se trompait quant à ce qu'elle pouvait lui offrir. Car si Lysandre était sa soeur, il y avait toujours eu entre elle un fossé d'incompréhension depuis leur plus jeune âge. Si elles furent proches un temps, il ne subsistait pas grand chose d'autre que la piété filiale et le lien du sang entre elles. Ho, Jezabel était certaine que Lysandre lui faisait confiance pour l'instant, du moins tant que Sorastrata ne lui révélerait pas la véritable position de son aînée.

« On pense toujours que deux soeur d'âge proche sont complices. Ce fut certainement le cas jadis, mais depuis sa nomination, Lysandre ne me parle plus guère. Je n'ai pas eu l'occasion de m'entretenir avec elle suffisamment longtemps pour découvrir quelques tours que nous pourrions utiliser à son insu. »

Bien sur, elle pourrait essayer...il le fallait, et cela, avant que sa grand-mère ne la dénonce au grand jour. Elle eu l'impression de faire faux pas sur faux pas. Jamais elle n'avait pris part à des jeux d'intrigues, et elle ne pensait pas être suffisamment intelligente pour anticiper et voir à long terme la portée de ses actes. En fait, supporter le poids de toutes ces manigances lui était pénible, car elle savait qu'elle n'aurait pas le droit à l'erreur. La pression lui faisait commettre des bavures. Elle espérait ardemment que Mithra partagerait cette charge avec elle. Ne serait-ce que pour ne pas être seule, pour discuter de la bonne intelligence des actions entreprises. A deux, le risque de se tromper était moins fort...
A la vérité, elle avait espéré partager cela avec Ebanelle, mais la vieille femme, avec tout le respect que lui devait Jezabel, était restée trop longtemps hors de la vie Olarile. Et elle bien qu'elle lui avait révélé organiser son retour à la vie sociale, elle ne pourrait jamais que lui apporter son soutient moral. Mithra était peut-être celle qui était le plus à même de la comprendre, car si elle semblait moins extrémiste que Jezabel, elle n'en désirait pas moins la même chose.

« Vous êtes écoutée en Arestim, et vos paroles sont grandement respectées par chaque Olaril qui a en mémoire le souvenir de Laclaos. A moi seule, je ne pourrait rien faire de suffisamment concret. Mais si nous nous joignons, nous aurons assez de poids pour parvenir à arranger la situation »


Pour ne pas dire « faire tomber Lysandre », car d'après les dires de Mithra, cette dernière ne désirait pas que ce qui était arrivé à Cyclae, à Zephir et même à Limna ne se reproduise. En cela, Jezabel était plus extrémiste, car pour elle, ce qui importait était que sa soeur abdique de quelque manière que ce soit. Bien sur, elle ne voulait pas de recours à la violence, qu'elle avait en horreur, mais...la fin justifierait les moyens.

« Vous êtes avisée...vous avez l'expérience que je ne possède pas, et des connaissances utiles en Arestim. Votre statut pourrait donner plus de légitimité au mouvement, et éviter les dérapages. »

Elle s'humecta les lèvres.

« J'ai besoin de vous...Seule, je commettrai des erreurs » avoua t-elle
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MessageSujet: Re: Dans l'atelier Télaran   Sam 11 Juil - 17:53

désolée, le poste n'est pas brillant oO

    Mithra écouta longuement ce que Jezabel avait à lui dire. Et cela s’avéra très intéressant. Comme la veuve l’avait soupçonné, elle n’avait pas la moindre considération pour Limna. Cela expliquait quelque peu les regrets qui la saisissaient. Pour le peu que Mithra en savait au sujet de la jeune femme, elle ne lui inspirait pas la moindre compassion. Mais le flegme qui lui était naturel lui dictait la réserve et elle se contenta d’un sourire pour toute réponse. Non Limna ne serait pas impunie. Aucun Edorta ne le tolèrerait. Et Lysandre commettrait son énième erreur en privant ses opposants d’une juste vengeance. Elle ignorait encore quel type de châtiment la demoiselle allait devoir subir pour servir leur camp où celui de la chef d’Arestim. Mithra ne s’occuperait pas elle même de Limna, cela lui était impossible, car ça abattrait chez elle ce qu’elle devait garder en elle.

    Voilà une nouvelle utilité, pour une nouvelle alliée. Une fois, bien sur, qu’elle aurait eu l’occasion de vérifier quelques petites choses au sujet de Jezabel.
    Cela dit, en quelques mots, elle laissa s’échapper l’un des espoirs de la veuve. Les sœurs n’étaient pas aussi proches que ce qu’elle avait espéré. Intérieurement, elle se fustigea de sa stupidité. Pour quelle Jezabel irait s’opposer à une sœur aimée. Elle fronça un instant les sourcils et fit la moue, puis se contenta de hausser les épaules et se leva. Elle fit le tour de la table, à nouveau, songeuse, tandis que la demoiselle acheva son exposé.

    Si Mithra n’avait pas visé juste en ce qui concernait leurs relations, elle n’avait nul doute qu’il serait aisé à Jezabel de combler cette lacune. Le désarroi et la panique et le terrain préféré des rats. Car il est le seul où leur course se fait sans coups de balais. Mithra esquissa un sourire, et contint quelques instants encore ses idées, laissant l’Hirune répondre à une autre question essentielle pour elle.
    Comme elle s’en doutait, elle comptait sur la crédibilité de la veuve. Malheureusement pour elle, une utilisation trop fréquente de la carte de Mithra risquait, à l’inverse, soulever chez les Olarils le dégoût de l’opportunisme. Car c’était bien ce dont il s’agissait. Cela dit, elle avait raison sur un point. Une personnalité telle que Mithra, dans l’intimité de quelques uns, utiles, pouvait être la patte blanche de tout loup. Et Jezabel, dans la mesure où ses plans demeuraient inconnus encore longtemps, pouvait de son côté insérer Mithra au sein même de la fourmilière. Le pouvoir de Lysandre tremblait, mais ses fondations, ses proches et ses soutiens, assuraient encore suffisamment la barre pour limiter les dégâts. Si Mithra parvenait à s’immiscer là-dedans, Lysandre n’en réchapperait pas. Mais cela signifiait faire preuve de patience, laisser couler de l’eau sous les ponts. Laisser les rumeurs s’amplifier.
    Ce qui conclut le discours de Jezabel attendrit le sourire de Mithra. « Il n’est pas aisé de se plonger dans les intrigues, lorsqu’on en a pas les épaules » Elle inclina la tête. « Par chance, les miennes furent forgées toute ma vie durant à ce type de quêtes. » Mithra avait pour elle la sagesse, et si les intentions déclarées de Jezabel s’avéraient exactes, elle ne verrait nulle raison de l’en priver.

    Elle se redressa, fit encore quelque pas, puis se tourna avec vivacité vers Jezabel, comme si une idée venait tout à coup de lui traverser l’esprit. Sa voix avait gagné en fermeté, et en volonté également. « Vous savez, déclara-t-elle, appuyant ses propos de gestes servant l’exposé, c’est dans les pires moments que la présence de personnes étrangères peut s’avérer précieuse… » Elle fit deux pas de plus. « Je pense que s’il vous fallait réintégrer votre place auprès de votre sœur, ces temps de troubles tombent à point. S’ils ne sont pas suffisants pour la faire tomber de son piédestal, en revanche ils sont très favorables à une approche délicate. On ne voit point ce qui se fait en douceur, mais sûrement, lorsque partout l’action et l’excitation sont de mise. » Et Mithra était l’incarnation du calme et de la délicatesse.
    A nouveau, elle se détendit, puis haussa les épaules. « Il y a de nombreuses choses à entreprendre. Cela nous demandera de la réflexion et beaucoup de prudence » Elle avait dit « nous », et ce n’était pas involontaire. Ses yeux, d’ailleurs, avaient fermement appuyé le pronom.
    Mithra ne se livrait pas, elle n’avait d’ailleurs rien déclaré de compromettant. Un soutien affiché à la sœur de Lysandre lui serait utile, dans certains cercles. Chez les Opposants, il ferait taire ceux qui trouvaient lamentable une quête pour l’honneur. Mithra savait certains de ses propres enfants réticents à la suivre, las de ces histoires de familles, de clans et de pouvoir. Ainsi la quête de la veuve ressemblait davantage à celle de la paix qu’à celle de l’honneur.

    En fin de compte, la visite de l’Hirune était providentielle.

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Jezabel Hirune
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MessageSujet: Re: Dans l'atelier Télaran   Mar 14 Juil - 12:15

Elle ne douta pas une seule seconde que Mithra avait les épaules assez solides pour supporter le poids des intrigues, comme elle le dit très justement. Elle n'aurait pas pu être la femme du chef dans le cas contraire. Elle devait connaître bien des choses, du fait de son statut, et savoir les utiliser à bonne mesure. Elle n'avait pas peur. Pas comme Jezabel qui, craintive et sans cesse sur le qui-vive, avait du mal à tout gérer. C'était une femme avisée et d'une intelligence redoutable, dont les décisions pouvaient changer beaucoup de chose. Après Lysandre, elle était peut-être celle dont on écoutait le plus les propos.
Elle observa Mithra qui venait de se lever, et qui se tourna vers elle de façon décidée voire énergique. D'une voix solide et assurée, elle exposa son idée...
Lorsqu'elle suggéra que Jezabel devait se rapprocher de Lysandre pour faire partie de son cercle intime, le coeur de la chasseresse se serra. Serait-ce possible de construire une complicité avec sa soeur alors que le fossé qui les avait séparées durant tant d'années était quasi infranchissable ? Devenir la reine des menteuses au pays des hypocrites... le pourrait-elle ? Et surtout, n'était-il pas trop tard ? Comment revenir à Lysandre sans qu'elle ne se doute de quelque chose ? Comment éviter que Sorastrata ne parle ? Parlerait-elle seulement, elle qui avait tant de culpabilité ? Comment être sure ? Comment savoir ? Cela faisait beaucoup de questions, pour une tentative risquée, et Jezabel n'avait jamais été téméraire. Cependant, elle semblait mue par un désir d'obéir à Mithra, car elle savait que la veuve de Laclaos avait raison finalement. Elles ne pourraient rien tenter sans savoir ce que Lysandre avait en tête. Espionne. Ce mot résonna dans sa tête comme le glas de sa mise à mort. Pourtant, Mithra n'avait pas été la seule à lui demander ça...Lorsque Jezabel s'était entretenue avec Vesper Aster, il lui avait demandé la même chose...Et Ebanelle aussi, quoi que de façon plus détournée. Tout reposerait-il donc sur le retour de deux soeur aimantes ?
Elle émit un profond mais léger soupir, la gorge sèche.
Elle observa Mithra qui venait de se lever, et qui venait de se tourner vers elle de façon décidée voire énergique. Elle exposa son idée

« Je vais essayer... »

Elle prononça cela sans en être réellement convainque. Elle se reprit : « Je vais le faire »
Ce qui sonnait comme une déclaration plus affirmée, plus décidée.

Lorsqu'elle était venue à Mithra, elle avait été bien loin de penser qu'elle repartirait avec une « mission » à accomplir. Au début, elle pensait que toutes deux feraient leurs affaires de leur côtés puis s'en entretiendrait. Mais le fait que la veuve lui dise quoi faire la rassura, car ainsi, Jezabel eut l'impression d'avoir une moins grosse part de responsabilité. Non pas qu'elle se désisterait, mais comme il avait été dit, il fallait les épaules nécessaires pour supporter le poids des intrigues.

« Et vous ? Qu'allez-vous faire ? » demanda t-elle à brûle-pourpoint.

Car la veuve n'avait rien dit à ce sujet. Pour le moment, c'était Jezabel, qui se risquerait à établir un lien avec Lysandre. C'était elle qui agissait. Bien sur, elle acceptait que Mithra prenne la direction des opérations...du moins une partie...Mais si la chasseresse s'impliquait, pourquoi la veuve n'en ferait-elle pas autant ? Parce qu'elle avait plus à perdre ? Certes...Mais elle aussi, avait à perdre. Pas autant que Mithra, mais quand même. Et puis, elle désirait connaître les prochaines manoeuvres de la femme de Laclaos. N'était-ce pas justice après tout ?
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Mithra Edorta
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MessageSujet: Re: Dans l'atelier Télaran   Ven 17 Juil - 21:52

    Le comportement de Jezabel lui arracha un nouveau sourire. Celle-ci faisait montre de beaucoup de tenue. Mithra ne l’aurait pas blâmé de doutes, elle n’était pas une personne rigide. Elle avait ses faiblesses, et elle ne se voilait pas la face, ceux avec qui elle allait devoir travailler à la fin de Lysandre en avaient tout autant. Il était même primordial de ne pas les oublier. Sans eux, elle se serait par trop exposée. Et jusque là sa prudence lui avait porté chance. Elle n’était ni morte, ni en prison, et personne ne la rudoyait encore pour ce qu’elle entreprenait. Pas même Lysandre. Car oui, la veuve jouissait d’un statut enviable. Femme honorable, mature, elle n’avait pas la fougue ni l’impulsivité de beaucoup de protagonistes, et cela donnait à ses décisions un caractère réfléchi et justifié.
    Elle n’était pas confiante, mais elle n’était pas non plus pessimiste.

    Cela dit, voir l’Hirune se reprendre avait cela de bon que ça raffermissait sa volonté. Et aux yeux de Mithra, c’était primordial. Elle ne devait pas douter, ou le minimum possible, quant à son but, ou à la voie dans laquelle elle s’engageait. Quelle soit tortueuse, périlleuse… La vendetta de la veuve n’était pas aussi honorable que cela pouvait paraître, quand bien même mieux valait se battre par amour maternel que par profit personnel. Il lui fallait posséder d’autant plus de volonté et d’assurance. Elle était prête à faire des sacrifices pour détrôner la jeune Chasseresse. Et cela que son fils requiert son aide ou non. Car elle le savait : elle ne compterait sur aucun de ses enfants… La plupart ayant déjà décidé de se tenir à l’écart, ou même face à leur mère, et les autres, trop jeunes ou motivés par une fougue dangereuse…
    Mithra mènerait sa véritable guerre dans une profonde solitude, n’employant dans ses plans que des êtres secondaires, ne lui étant pas trop chers.

    L’Hirune choisit cet instant pour lui demander ce qu’elle comptait faire, de son côté. Mithra haussa les épaules dans un geste plein de douceur. Son sourire, en revanche, était comme éteint. « Je pense que pour le moment, je ne peux pas faire grand chose d’autre que ‘fédérer’. Je pense que m’employer ailleurs pour l’instant nous desservirait tous » Son visage fut soudain marqué d’une certaine lassitude. Ses erreurs retombaient sur son esprit avec fracas. « A présent que je suis l’adversaire déclarée de votre sœur, la prudence est de mise »
    Le regard qu’elle releva, déterminé, laissait cependant clairement entendre que sa lassitude n’était pas un handicap, mais plutôt un constat amer. Et la prudence ne durerait qu’un temps, car selon les choix et la direction prise par ses fils, Mithra risquait d’avoir à assumer plus de choses que prévues.

    Cela n’était pas fait pour l’effrayer le moins du monde.
    Elle fit deux pas et se resservit de l’hydromel. Elle avait cru comprendre que ce n’était pas du goût de Jezabel, aussi tendit-elle sa petite coupe en la direction de la demoiselle. « Je bois à votre santé. Je ne vous infligerais pas un second verre » Non, ce n’était pas le genre de la veuve… Elle ne forçait rien. Et la raison était très simple.

    Elle n’avait jamais besoin de forcer quoi que ce soit.
    C’était sans doute la son atout le plus précieux, pour les lunaisons à venir.

    Son visage prit alors un air plus « mondain »

    « Maintenant, je suppose que cette rencontre, si fructueuse fut-elle, n'est due à autre chose qu'au hasard... Que faisiez-vous près de l’atelier de mon regretté père, à une heure aussi tardive ? »

    Un sujet peu intéressant, compte tenu des circonstances… Mais les conversations d’apparence inutiles étaient souvent le ciment des plus importantes… C’était là l’une des arcanes de l’art des intrigues, savoir tisser, entendre et comprendre des choses à garder en main pour l’avenir.

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MessageSujet: Re: Dans l'atelier Télaran   Mer 22 Juil - 15:36

Fédérer. Combien ce mot était vital pour la partie ! C'était même le pilier d'une solide opposition à Lysandre, et un moyen sur d'avoir derrière soi des partisans pour se légitimer. Présentement, il y avait bon nombre d'Olarils qui se plaçaient contre Lysandre, mais il fallait les regrouper, leur faire savoir l'identité de leur chef de file...qui n'était nul autre que Mithra, comme elle le dit elle-même. Son seul nom décideraient bon nombre de gens. Que Jezabel ne soit pas mentionnée, qu'elle reste dans l'ombre, cela lui convenait parfaitement. Elle était le renard dans le poulailler, le loup déguisé en agneau, qui servait la Grande Louve...Oui...cela la satisfaisait on ne peut mieux.
Elle alla même jusqu'à se risquer à un sourire. Tout se mettait en place, l'opposition s'organisait, et l'espoir de voir Lysandre choir de son piédestal devenait de plus en plus certain.
Mitrha lui sembla cependant lasse d'avouer qu'elle était la figure de proue de l'opposition. Cela, Jezabel la comprit, car elle pesait, avant cette discussion, qu'elle serait le capitaine qui enverrait son navire à l'abordage du vaisseau ennemi. Mais Mithra était là...Mithra, qui ferait souffler le vent dans la bonne direction pour s'assurer la réussite de l'entreprise, qui soulèverait la mer pour couler Lysandre... Peut-être Jezabel s'enflamma t-elle, mais en cet instant, elle semblait avoir du courage et de la vigueur.
Mais la Veuve Noire n'avait pas terminé de tisser sa toile, et si quelques fils lui résistaient, elle finirait par la terminer, amenant à elle son festin.
Folles pensées dans l'esprit de la chasseresse, trop d'excitation désormais, qu'elle ne pouvait vraiment contenir.

« Oui...la prudence est de mise »
répéta t-elle doucement, mais les yeux brillant.

Elle se tut un instant, puis reprit.

« Il nous faudra nous concerter de façon régulière... »

Car personne ne devait connaître cette alliance pour le moins inattendue, mais salutaire. Jezabel se demanda comment réagirait sa soeur si elle venait à apprendre cette trahison...car nul doute qu'elle se saura, mais...pas tout de suite. Tout sembla dépendre du silence de Sorastrata. Quoique...Si Jezabel lui avait révélé sa jalousie, elle n'avait rien dit à propose de ses plans. Cette conclusion eut l'heur de la soulager. *

Mithra se resservit, sous le regard attentif de la chasseresse. Il semblait que le majeur sujet de cet entretien soit clos, et qu'elles pouvaient revenir à des sujets plus légers. Ce qu'elle trouva fort aise. D'autant plus qu'elle n'avaient jamais trop l'occasion de discuter avec des interlocuteurs autres que les chasseresses du foyer. Et encore, les sujets se portaient généralement sur le gibier, la traques, et les techniques mises en oeuvre.

« Le sommeil me fuit ces derniers temps. Je n'aime pas perdre mon temps à me retourner dans ma couche. Je suis sortie marcher, et j'ai vu de la lumière. »

Malheureusement, elle ne pouvait difficilement parler d'elle sans en revenir à la situations actuelle. Parce que tout ceci était inhérant à ses actes, ses pensées, et même ses rencontres.

« Je suis heureuse de vous avoir trouvé » avoua t-elle avec franchise. « Je n'aurai pas à me cacher avec vous »

Elle eut un sourire, comme si elle s'excusait. Avec un légère gêne, elle passa une main dans ses cheveux, balayant de son visage les quelques mèches brunes qui y tombaient.
Après un silence, elle demanda :

« Regrettez-vous, de ne pas avoir pu être une orfèvre ? De ne pas vivre une existence simple, et sans conflits ? »
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Mithra Edorta
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MessageSujet: Re: Dans l'atelier Télaran   Dim 26 Juil - 17:40

    Jezabel lui proposa de se concerter, à l’avenir, quant à l’évolution de leurs petites affaires. Mithra ne pu qu’hocher la tête à cela. Il était évident qu’elles allaient se revoir. Sans une oreille pour recueillir ses découvertes, les risques pris par Jezabel étaient fondamentalement inutiles. Mithra jeta un regard autour d’elle. Cet atelier… Elle l’aimait pour le calme qu’il lui inspirait, mais également car il était un peu en retrait, et que nul ne soupçonnait sa présence lorsqu’elle venait ici. Car il lui arrivait fréquemment de venir se recueillir en ces lieux. Et pourtant, personne, pas même son frère qui semblait avoir quelque peu délaissé son activité, ne s’en apercevait. Elle songea à cet atelier comme à un lieu de rencontre intéressant pour revoir l’Hirune, mais cela lui serra le cœur. C’était un endroit pur et libre de tout complot. L’idée même de le transformer à un lieu secret propice aux machinations lui assécha la gorge. Elle fronça les sourcils et réfléchit.
    La solution n’était pas très loin.
    « Si cela vous convient, je peux vous proposer de nous retrouver, de temps à autre, dans la remise de cet atelier. Elle se situe un peu plus loin, au fond d’une ruelle. La lumière ne s’en échappe pas, pas plus que le bruit, et cela serait pour nous un bon lieu de rendez-vous. Plus discret. » Elle espérait que l’Hirune serait d’accord avec cette proposition.

    Puis elle abandonna la rigueur d’un tel entretien pour retrouver non sans soulagement la légèreté d’une discussion plus innocente. L’Hirune souffrait de troubles du sommeil… Mithra n’ignorait pas ce dont il s’agissait, puisque lorsque la fièvre l’abandonnait quelques instants, elle ne trouvait le sommeil que pour de brèves trêves, et ne tardait pas à se réveiller, pour ne plus trouver le repos. Et ces nuits-là, elle venait travailler ici. Elle adressa à Jezabel un sourire réconfortant et compréhensif. Puis elle ajouta être contente de leur rencontre.

    A ces mots, Mithra haussa les épaules. « Nous avons toutes deux à y gagner… Laisser de côté le masque arboré en société est sans doute le meilleur baûme de l’âme. » La demoiselle avait de la chance, en un sens, puisqu’elle s’accordait à présent un luxe qui n’était pas encore à la porté de Mithra. Non ses multiples masques ne tombaient pas. Avec personne. Et si la sincérité et l’enthousiasme de la sœur de Lysandre lui plaisaient, elle n’en oubliait pas moins qu’elle était une olarile, soumise aux fluctuations des rumeurs et des intrigues. De par son rang et son nom, elle était de plus une grande inconnue dans l’équation de la veuve, qui devait s’accrocher et permettre à ses protections de tenir. L’heure n’était pas encore à la confiance absolue pour Mithra, et cela ne changerait sans doute jamais… Après tout, ses enfants eux-mêmes ne pouvaient pas vraiment s’en tenir à ce qu’ils savaient de leur mère. Celle-ci ne quitta pas un instant ce visage doux et ouvert, cependant. Elle avait suffisamment confiance en Jezabel pour compter sur elle, et c’était tout ce qui importait.

    Elle posa ensuite une question qui intrigua Mithra. Ne regrettait-elle pas d’avoir épousé un chef, car c’était bien ce dont il s’agissait… Ne regrettait-elle pas d’avoir laissé derrière elle le métier d’orfèvre… Elle sourit avec douceur.
    « Mais je suis une orfèvre. » Car oui, jamais elle n’avait cessé d’exercer. « Je n’ai pas de boutique à mon nom, mais cela ne m’empêche pas de pratiquer mon métier. Je me contente de créer, mais jamais je n’ai oublié l’art de mon père » Elle porta un regard tendre sur les étagères. « D’ailleurs j’ai de plus en plus envie de m’y abandonner… Ce qui comptait le plus à mes yeux s’effiloche de jour en jour… et il ne me restera bientôt plus que cela » Elle ne développa pas, par pudeur et prudence. Elle songeait à son mariage comme à son statut de mère qui était grandement menacé par les choix de certains de ses fils. Une mère moins aimante les aurait qualifiés de choix félons… Mais Mithra ne pouvait s’y résoudre.
    Elle reporta cependant un regard apaisé sur l’Hirune et lui tendit l’une de ses mains, ouverte paume vers le haut. « Voyez, les cornes héritées du labeur n’ont jamais quitté mes mains » En effet, il était possible de distinguer en dessous de ses doigts, et au bout de ceux-ci des sortes de petits coussinets un peu plus pâles que le reste de sa chair. De la corne, très fine et loin de la disgrâce de celle des grands artisans tels que les forgerons ou les bûcherons. Elle replia ses doigts avec classe et récupéra sa main.

    « Si d’aventure vous cessiez de vous nourrir de vos chasses, ne seriez-vous pas pour autant Chasseresse ? » La question était posé sans animosité ni sans moquerie. C’était un constat, tout simplement.

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