Alia continua sa réflexion sur les Edorta en entendant la réponse de Corwin. Elle connaissait très mal Xan et de ce fait, elle était incapable de cibler ses véritables intentions. Elle était plutôt encline à croire qu'il soutenait réellement Lysandre. Après tout, ne respectait-il pas, comme tout bon fils, les dernières volontés de son père ? En fait, il était presque logique qu'il soit parmi les premiers à embraser la cause du Chef Olaril.
Quand le nom de Vesper tomba, le visage d'Alia exprima la compassion. Elle n'arrivait pas à mépriser l'individu, mais elle était convaincue qu'il n'était pas l'homme de la situation, ce qu'elle avait d'ailleurs mis en évidence lors du rassemblement des Opposants, auquel elle avait participé. Lui qui refusait d'accepter le savoir et l'expérience des Aînés... Autre chose perturbait Alia. Ils crachaient tous sur la jeunesse de Vesper, mais... Lysandre elle-même n'était âgée que de 24 ans. C'était terriblement jeune. Alia s'estimait comme ayant peu d'expérience, elle qui comptait plusieurs années de plus qu'elle, alors... elle s'étonnait que la Chasseresse ne soit pas l'objet de critiques sur ce plan-là. Mais peut-être le caractère du Chef actuel était-il plus mature que le sien, poussé par l'éducation Hirune ? En revanche, entendre que Digarl était mis hors jeu lui aussi surprit Alia. Des trois chefs qui s'étaient proposés lors du rassemblement, à savoir Mithra, Digarl et Vesper, Digarl était celui auquel elle aurait donné sa confiance, oubliant la peur qu'il lui inspirait lorsqu'elle était petite. Il était le conseiller de Laclaos et connaissait bien les Olarils. Il n'avait pas la jeunesse et l'inexpérience de Vesper, il n'avait pas les intérêts de Xan autant à cœur que Mithra. Certes, il était Edorta, mais Alia avait l'impression qu'il ne voudrait pas le pouvoir pour lui et qu'il n'intriguerait pas pour jeter Lysandre à bas de son siège comme une malpropre. Enfin, pour le dernier point, Alia n'était pas tellement sûre. Elle avait tout de même plusieurs réserves. Et puis, au final, ce qui importait à la prêtresse, c'était que le Chef ne puisse plus se jouer des Olarils.
L'idée de conseillers fit lentement son chemin dans l'esprit de la jeune femme. Elle venait solutionner le point difficile auquel Alia était arrivée dans son raisonnement. Mais aussitôt, une objection jaillit :
- Lysandre n'acceptera jamais un conseil des familles. Elle ne voudra pas être le Chef qui s'est laissé imposer une bride. Se rendant compte que son propos était virulent, Alia tenta maladroitement de nuancer :
- Je veux dire, je ne pense pas que sa mentalité de Chasseresse accepte un pareil compromis. Cela ne s'est jamais vu en Arestim !Presque pour elle-même, Alia ajouta :
- Mais ce serait un excellent commencement...La réplique de Kermaat, comme quoi la famille Edorta avait toujours fourni de bons chefs, coupa Alia dans son élan sur un hypothétique conseil. Spontanément, Alia acquiesça. Le fait qu'elle soit Edorta n'avait rien à voir avec son accord. Une seule chose dérangeait Alia : Lysandre n'avait pas volé son trône. Elle ne s'en montrait pas digne, c'était différent. Mais elle ne reprit pas la Garthésia. Elle n'en eut pas le temps : Kermaat lança une méchanceté à propos de Vesper et des Hirune. Alia n'eut pas le temps de réfléchir, elle éclata de rire. Le ton grognon sur lequel c'était prononcé, la verve de la femme et son geste vigoureux pendant qu'elle parlait étaient irrésistibles. La prêtresse, sans cesser de sourire, soupira :
- Vesper n'a pas grand chose pour lui, décidément...Laissant son visage tourné vers Kermaat, elle lui demanda :
- Vous connaissez Xan ? Moi, je le connais seulement de vue... Alia rougit puis rectifia :
- Enfin, pas exactement de vue, parce que... oh, puis zut ! Je l'ai à peine côtoyé, je ne cerne pas du tout sa personnalité. Je me demande ce qu'il pense vraiment de la situation...Mais déjà, l'idée du conseil des grandes familles reprenait une place dans l'esprit de la prêtresse. Elle devrait y réfléchir à tête reposée, parce que là, elle se laissait gagner par l'excitation. Elle avait l'impression que Corwin avait mis le doigt sur quelque chose d'important. À méditer...